1 mars 1865

« 1 mars 1865 » [source : BnF Mss, NAF 16386, f. 53], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12669, page consultée le 06 août 2026.

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Bonjour, mon grand doux adoré, bonjour de mon lit où je suis encore après la nuit la plus pénible que j’aie passé depuis longtemps. Enfin me voici hors des plus grandes souffrances et j’en profite pour te sourire dans un baiser. Ma préoccupation durant cette longue crise était l’inquiétude et le chagrin qu’elle te causerait si elle avait persisté. Mais grâce à Dieu il n’en esta rien et nous pourrons aller joyeusement au dîner de Georges-Road, chose que je ne croyais pas possible il y a à peine une heure1. Tu ne peux pas te figurer ce que la pensée de te faire du chagrin et celle de manquer de paroleb aux excellents de Putron ce soir ont ajouté à mon mal cette nuit.

Enfin, enfin, enfin m’en voilà quitte à bon marché encore cette fois car qu’est-ce qu’une nuit de souffrance comparée à deux ou trois mois de maladie ? Rien ou presque rien. Donc je remercie Dieu de ma délivrance et je t’adore pour mieux lui témoigner ma reconnaissance. Je vais me lever comme si de rien n’était et me préparer tout doucement pour ce soir. Je t’aime.


Notes

1 Victor Hugo note dans son agenda : « dîner avec JJ. chez M de Putron. Marquand. Mme Chenay ». (CFL, p. 1486).

Notes manuscriptologiques

a « il n’en n’est rien ».

b « manquer de paroles ».


« 1 mars 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 112], transcr. Claire Villanueva, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12669, page consultée le 06 août 2026.

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J’espère que tu as une meilleure nuit que la mienne mon doux adoré et que tu n’auras pas été forcé de passer ta matinée au lit pour tâcher de rattrapera comme moi un peu de sommeil. Du reste je vais en avoir le cœur net bientôt car voici l’heure où tu viens baigner tes chers yeux. J’ai vu ce matin la femme d’Henry qui m’a donné de bonnes nouvelles de son mari. C’est décidément Corbin qui le soigne mais elle pense qu’il est tout à fait hors de danger maintenant et la pauvre femme était encore tout émueb de l’accident et elle m’a priée de te remercier et m’a remerciée moi-même avec larmes des bons soins que nous avions donnésc à son mari dans le premier moment. Je l’ai envoyéed chez toi prendre ton linge et s’entendre avec Mme Chenay sur les prix. Tout ce qui s’est dit à ce sujet depuis qu’il est question de changement de blanchisseuse me fait regretter d’y être mêlée pour quelque chose. D’une part j’ai fait une erreur grave sur tes chemises et quant aux autres choses le hasard fait qu’on en use très peu en l’absence de ta femme. Tout cela réunie ne valait pas la peine de faire cette réforme. Une autre fois je serai plus circonspecte dans mes critiques avant de te les communiquer. Mais ce qui est fait est fait et ne peut plus se défaire à présent que la mère Henry est agréée par toi. Ce qui me console c’est que je suis sûre que de toute façon tu ne peux pas perdre au change. Je t’adore.


Notes manuscriptologiques

a « rattrapper ».

b « toute émue ».

c « donné ».

d « envoyé ».

e « réunit ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.