« 15 septembre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 309-310], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4944, page consultée le 24 janvier 2026.
15 septembre [1848],vendredi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon pauvre adoré bien-aimé, bonjour. Je suis plus furieuse que jamais d’avoir perdu mon Institut. Une autre fois l’hippodrome ne m’y reprendra plus d’abord pour voir quatre pelés et un tondu, deux ou trois sauteuses fanées, un vieux écuyer en enfance et un pauvre diable de Franconi1 se démettant l’épaule et poussant des cris affreux. Tout cela n’est pas d’un attrait tellement irrésistible qu’il faille aller se geler et se morfondre pendant quatre heures et se priver de son Toto pendant une seule minute. Une autre fois je laisserai tous les Franconi du monde se casser la margoulette sans moi, toutes les Hortense et toutes les Angelina2 fringuer sur leurs rossinantes sur l’eau rassurante et tous les écuyers de la HAUTE ÉCOLE baver dans leur perruque de chiendenta et singer cet affreux Charles X de stupide mémoire. Merci. Je ne me dérangerai plus jamais, même pour le char de carton du soleil. Maintenant j’ai bien autre chose à t’apprendre et toute cette longue mystification bête et PRÉVUE aboutit à une mystification du genre sérieux et IMPRÉVU. Il s’agit du fameux damas bleu. Il paraît et M. Cacheux, Mme Guérard et surtout la penaillon l’attestent, que j’ai fait une grossière erreur en te disant que les agréments et la doublure étaient compris dans le prix de 3 francs 10 sous le mètre. Pour ne pas interrompre mon explication, je continue tout de suite sur l’autre feuille.
1 Dresseur des chevaux de Napoléon III et fondateur d’un hippodrome à Paris.
2 S’agit-il d’acrobates du Cirque Franconi ?
a « chien dent ».
« 15 septembre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 311-312], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4944, page consultée le 24 janvier 2026.
15 septembre [1848],vendredi matin, 8 h.
Il paraît que la femme Antoine entendait ne vendre que le damasseulement au prix de 3 francs 10 sous et de réserver tous les accessoires et la doublure dans le cas où on n’en voudrait pas. Cependant elle m’avait fait un prix pour le lot tout entier : 400 francs. Mais comme cette désignation ne pouvait pas te renseigner à cette distance je lui ai demandé combien cela le mettait le mètre, de là l’erreur. Erreur désagréable mais qui ne t’engage à rien, heureusement. Pendant que tout était chez moi (et y est encore) j’ai voulu savoir ce qu’il y a de damas. La mesure a donné 91 mètresa que je me propose de revérifier à tête reposée dans le cas où tu y tiendrais. 91 mètresb à 3 francs 10 donne un total de 324 francs1, reste donc 76 francspour les 45 [illis.] mètres de quinze [illis.], pour toutes les crêtes, les torsades, les glands, les cordons, les crépines qui sont en grand nombre et de très bon goût. Tu verras ce que tu décideras à ce sujet et dans tous les cas tu pourras voir la chose entière chez moi dimanche, ce qui te renseignera davantage. La femme ne veut pas lâcher le tout à moins de 40 francs, voilà la chose. Maintenant mon pauvre adoré, je te demande pardon de t’avoir fait flairer cette truffe FALLACIEUSE, mais, vrai, il n’y pas de ma faute dans mon empressement à te faire profiter d’un bon marché. Je n’ai pas assez approfondi les paroles de la penaillon. Une autre fois je serai moins prompte à me faire illusion. En attendant j’ai fait une bêtise et je t’ai mis le damas à la bouche bêtement. Pardonne-moi et aime-moi malgré cela et surtout à cause de cela car c’est dans le désir de te faire plaisir. Je t’aime et je t’adore avec et sans AGRÉMENT.
Juliette
1 Le total de cette multiplication n’est pas 324, mais 282,10.
a « 91 mètre ».
b idem.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
