« 5 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 115-116], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11401, page consultée le 05 mai 2026.
5 septembre [1842], lundi après midi, 3 h. ¾
Mon cher petit bien-aimé chéri, je ne sais pas où vous êtes mais je m’en doute car
je
suis triste1. N’importe où vous soyez
cependant, je vous aime, je vous bénis et je vous adore.
Je viens d’écrire encore
à Claire pour qu’elle ait à remercier son
père de son ange gardien. Je viens d’ôter un de mes matelas
du lit afin de le faire détirer par Suzanne
avant de le faire carder par la cardeuse2,
mais je ne crois pas que nous puissions nous dispenser d’acheter au moins une toile
neuve et d’en faire une bonne des deux
mauvaises. Au reste, je vais m’en assurer tout à fait tout à l’heure. J’ai
aussi donné la commission au père Ledon. Il croit, et moi, j’espère qu’on retrouvera de l’étoffe tout à fait pareille à
l’échantillon ravissant que j’ai, et il est probable que cela ne dépassera pas la
somme en question : les douze tigres à cinq griffes3. Hein ! Si j’ai cette robe-là, le roi ne sera pas mon
cousin et tous les coups de canon du monde en l’honneur de qui et de quoi que ce soit
ne m’émouvront pas plus qu’un SOUPIR de POÈTE, quelque bien lancé qu’il soit. En
attendant, et en vous attendant, je vais CARDER MON MATELAS comme délassement
d’ENTRACTE. Et si, comme je le crains, vous êtes à Saint-Prix demain matin, je me
lèverai avec le jour pour préparer LA CHOSE en question. Il y aura plus d’un mois
que
cela n’aura été fait, c’est le temps le plus long qui sea soit passé jusqu’à présent. Voilà, mon Toto
chéri, les folâtreries auxquelles je vais me livrer pendant votre absence. N’oubliez
pas que tout cela n’est que pour tuer le temps qui me paraît toujours trop long quand
n’êtes pas avec moi et revenez bien vite auprès de votre vieille Juju qui vous aime
et
qui vous attend. Jour Toto. Jour mon cher petit
o. Voilà un temps qui va faire du bien à
notre cher petit tranche-montagne4. Je donnerais deux sous de bon cœur pour le voir sur sa
monture. Je vous embrasse tous mes chers petits et toi-même, mon adoré. Je t’aime.
Juliette
1 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise. Victor Hugo les y rejoint régulièrement.
2 Carder : travailler la laine et le crin du matelas afin de lui redonner son épaisseur primitiv.
3 Un « tigre à cinq griffes » est un nom plaisant donné à une pièce de cinq francs.
4 Tranche-montagne : Fanfaron qui se dit prêt à tout. Sobriquet utilisé ici par Juliette de façon affectueuse pour désigner François-Victor Hugo, qui est en convalescence
a « ce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
