« 4 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 13-14], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12157, page consultée le 24 janvier 2026.
4 août [1842], jeudi matin, 9 h.
Bonjour mon Toto bien aimé, bonjour ma vie, bonjour mon âme, bonjour ma joie, bonjour mon bonheur. Comment vas-tu ce matin, mon cher petit homme ? Je suis tourmentée de te savoir souffrant, mon cher adoré. J’ai toujours peur que ça ne devienne sérieux et si ce malheur arrivait jamais qu’est-ce que je ferais tout le temps que tu serais malade ? Qu’est-ce que je deviendrais, mon Dieu ? Je n’ose pas y penser. Soigne-toi, mon Toto chéri. Soigne-toi bien, mon pauvre amour, pour toi et pour tous ceux qui t’aiment, et pour moi dont tu es la vie. J’ai eu un moment d’espoir ce matin en croyant que tu venais. Mon illusion n’a pas duréa longtemps malheureusement. Figure-toi que vers les cinq heures du matin un cabriolet s’est arrêté sous mes fenêtres, quelqu’un est entré dans la maison. J’ai cru que c’était mon sournois de Toto qui avait été obligé d’aller au départ du corps du prince1 et qui venait me retrouver. Mais hélas ! ce n’était pas lui et je ne sais pas encore qui c’était, ce qui, par parenthèse, m’intéresse médiocrement à présent. Vous me devez un dédommagement pour la nuit prochaine mon Toto, qu’il ne soit pas dit que je n’ai que des mystifications chaque fois qu’il s’agit de vous et de mon bonheur. En attendant, songez que je suis tourmentée sur votre santé et que vous seriez bien bon de venir me rassurer. Je profiterais de l’occasion pour vous embrasser de toutes mes forces.
Juliette
1 Le 3 août, Victor Hugo a assisté à un service funèbre solennel pour le prince royal de France, Ferdinand-Philippe d’Orléans, fils du roi Louis-Philippe, décédé le 13 juillet 1842 à Neuilly-sur-Seine d’un accident de calèche. Le corps de celui-ci avait été exposé pendant quelques jours dans la cathédrale Notre-Dame de Paris.
a « durée ».
« 4 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 15-16], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12157, page consultée le 24 janvier 2026.
4 août [1842], jeudi midi
Je vous écris plus tôta qu’à l’ordinaire mon second gribouillis, mon amour, parce que j’attends mon frotteur1 et mon coiffeur et parce que je veux me mettre à travailler dès qu’ils auront fini. Je vous préviens, mon amour, que voici ma dernière feuille de papier, et que si vous n’en apportez pas d’autre aujourd’hui même je serai forcée d’en acheter trois fois plus cher qu’il ne vaut. Je vous préviens aussi que je veux mes cheveux tout de suite tout de suite ou sans cela je retiens votre perruque en otage2. Cette fois-ci, je ne plaisante pas, je vous en préviens. Vous savez que je suis inquiète et tourmentée à votre sujet mais vous n’en viendrez pas plus tôtb, au contraire. Quel méchant homme vous faites, allez, et que vous ne méritez pas l’amour que j’ai pour vous. Taisez-vous, qu’on vous dit, ça vaudra bien mieux que de dire des stupidités comme vous en dîtes toujours. Je vous défends de parler. J’ai oublié de te dire, mon pauvre ange, que tu as dit à Jourdain de venir du 6 au 7 de ce mois pour l’argent du lit en fer. Je t’en fais souvenir dans le cas où tu l’aurais oublié3. Mon pauvre Toto bien aimé, je baise tes chers petits pieds et tes belles petites mains que j’adore. Je t’aime mon Victor, je te vénère. Je t’admire. Je voudrais mourir pour toi.
Juliette
1 Personne qui frotte et lustre meubles et parquets (Source : TLF)
2 La perruque d’académicien de Victor Hugo est source de nombreuses menaces et plaisanteries dans le couple et Juliette y fait très souvent référence.
3 Juliette paye normalement ses créancier le 10 de chaque mois.
a « plutôt ».
b « plutôt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
