« 30 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 113-114], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11436, page consultée le 24 janvier 2026.
30 janvier [1837], lundi après midi 1 h. ¾
Jour, mon petit homme chéri. Je vous n’aime
quoique vous ne soyez qu’à moitié aimable. J’ai rêvé de vous
toute la nuit et cependant j’ai dormi comme un vieux loir, vous voyez bien que de
marcher me fait beaucoup de bien. Il est encore un autre genre d’exercice qui
conviendrait beaucoup à mon état mais celui-là vous vous y opposez tout à fait.
Vous n’aviez pas d’argent à aller chercher ce matin ? Et cependant........ c’est très
bien. L’année 1837 ne promet pas monts et merveilles, à moins qu’il ne survienne de
grands changements dans notre petite sphère. C’est égal, je vous aime. Il est vrai
que
l’économie que vous mettez dans la consommation de mon amour fait qu’il y en a
toujours ample provisiona.
C’est aujourd’hui que Manière doit nous
apporter le résultat de sa négociation, il faut que je me lève tout de suite pour
le
recevoir.
Il y a une fumée si épaisse dans ma chambre que j’étouffe, charmante
servarde, va, que le diable t’emporte.
Je
voudrais bien que nous allassions chez Claire. On dit que la grippe et la fièvre scarlatine règnentb dans le quartier Saint-Jacques et dans plusieurs pensionnats, ce
qui m’inquiète beaucoup. Si tu viens assez tôt et que tu aies le temps, je te prierai
de m’y mener. Et puis je t’aime, je t’aime de toute mon âme.
Juliette
a « provisition ».
b « règne ».
« 30 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 115-116], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11436, page consultée le 24 janvier 2026.
30 janvier [1837], lundi soir, 4 h. ¾
Manière qui devait venir aujourd’hui n’est
pas venu. J’ai reçu une lettre par la poste que je suppose venir de la pension de
ma
fille et quoique je sois dans une sorte d’inquiétude sur sa santé, je ne me permettrai
pas de l’ouvrir car qui peut prévoir les conséquences que cela pourrait avoir hélas !
hélas ! et trois fois hélas ! Qu’allai-je faire dans cette maudite galère ?1
Mieux aurait valu pour moi me casser les deux jambes. Mais enfin, ce qui est fait
est
fait. Dieu est grand, et la patience d’une pauvre femme comme moi n’est pas
éternelle.
Je désire beaucoup que tu ne tardes pas à venir. J’ai hâte de savoir
des nouvelles de cet enfant dans un moment ou la grippe et la fièvre mettent leurs
griffes [illis.] sur les grands et les petits enfants.a
Voici venir la nuit noire, il est temps que je finisse ma lettre pour peu que je
tienne à faire autre chose que des gribouillis sans forme et sans signification.
À bientôt donc, si ton travail ou autre chose te permettent de venir avant ton
dîner.
Dans tous les cas je t’attends avec résignation
31 janvier [1837], mardi après-midi, 2 h. ¾
Et avec amour car tu es et seras toujours mon bien aimé adoré Toto.
Juliette
1 Citation des Fourberies de Scapin de Molière.
a « enfans » (Orthographe d’époque).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
