« 28 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 105-106], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11434, page consultée le 23 janvier 2026.
28 janvier [1837], samedi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon cher petit Toto bien aimé. Le mauvais temps et le mal de tête aidant,
c’est à peine si j’y vois à t’écrire.
J’ai passé une bien mauvaise nuit. À 6 h.
du matin j’étais encore à jeun de sommeil : aussi je suis dans un état de malaise
impossible à décrire. J’avais beaucoup souffert hier toute la soirée. C’est peut-être
ce qui a été cause de cette longue insomnie. Il est possible que pour tâcher de
réparer le dégât de cette nuit je reste au lit toute la journée, le temps d’ailleurs
s’opposant à toute sortie.
Je t’aime mon Toto chéri, les chagrins et les
tourments que j’éprouve n’en sont pas les moindres preuves. Si j’ai été injuste cette
nuit, pardonnez-le moi et plaignez moi de vous aimer trop. Maintenant je voudrais
baiser votre belle figure rayonnante et savoir des nouvelles de mon cher petit Toto1. Ayez donc la bonté de venir et le plus tôt
possible pour que je sois moins triste et moins abattue que je ne le suis dans ce
moment là, et vous serez un bon et adoré Toto.
En attendant je vais être bien
triste et bien impatientea et je
vais bien vous aimer de toute ma pauvre âme. JOUR
je tache d’être GEAIE parce que je vous aime.
Juliette
1 Le petit François-Victor Hugo est malade.
a « impassiente ».
« 28 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 107-108], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11434, page consultée le 23 janvier 2026.
28 janvier [1837], samedi soir, 7 h. ¼
Non mon cher petit homme, je ne suis pas fâchée, vous êtes mon cher petit tyran et
je
vous aime ainsi plus que si vous étiez très bon et très soumis. Cependant je tâcherai
en tirant bien fort bien fort sur mon amour de vous aimer un peu d’avantage si vous
veniez de bonne heure ce soir et si vous ne faites pas le Veau
Somnambule. En rentrant chez moi j’ai trouvé mon tapis de cheminée au trois
quart brûlé grâce à l’intelligence de ma SERVARDE.
Comme il est en jonc j’ai le plaisir de sentir
la paille brûléea à plein nez, ce qui ne me surprend que médiocrement.
Je
m’amuse comme un merlan en chaise de poste, je suis geaieb comme un omnibus vide, en fin je suis
aussi délirante qu’une botte trouée quand il pleut. Ah ! le bel état que celui de
MILITAIRE. Ah ! le bel état que celui de CÉLIBATAIRE qui est-ce qui en veut ? j’en
donne avec une remise sans écurie. Après avoir rongé mon frain1 je ravale mon
refrain et je suis aussi avancée que devant. Cependant je vous aime, je vous suis
fidèle et je suis aussi bête que n’importe qui. D’où vient que tout cela ne vous
amorce pas ? C’est là la question.
Juliette
1 Erreur volontaire pour le jeu de mots avec « refrain ».
a « brûlé ».
b « geai ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
