« 1 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 96-97], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10124, page consultée le 06 août 2026.
1er novembre [1836], mardi après-midi, 3 h. ¼
Mon cher petit homme bien aimé, je veux aussi bien commencer ce mois-ci que j’ai bien
fini l’autre. Pour cela, je vous aime, je vous aime, mon petit Toto et je reconnais
que vous êtes autant au-dessus de moi que Dieu est au-dessus de nous tous. Pour être
encore plus digne de vous, j’ai travaillé comme un petit cheval, ce qui est plus vrai
que vous ne pouvez le supposer tout d’abord, puisque j’ai employé pour cela un certain
fouet de cabriolet que vous aviez déposé chez mon portier.
J’ai battu et rebattu mon tapis, comme vous auriez pu
faire de ma personne. Aussi maintenant est-il superbe, ce
que c’est pourtant…
[illis.] a envoyé la lampe, nous
verrons maintenant comment elle va aller.
Je suis [si] sale
que je n’ose pas même vous baiser le bout de vos BAUTTES, je me prosterne donc dans la poussière de vos sacrés souliers, en
attendant qu’une voie d’eau me lave et me rince suffisamment pour me permettre de
me
frotter à vous.
Dieu de Dieux, je trouve qu’il fait
doux, et vous ? C’est l’instant des nez rouges et en ma qualité de femme à la mode j’en ai un des plus cramoisi.
Quel dommage qu’il ne soit pas en ce moment abrité sous un chapeau de velours vert, on le prendrait pour un buisson d’écrevisses et
moi pour une bête avec votre approbation.
J.
« 1 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 98-99], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10124, page consultée le 06 août 2026.
1er novembre [1836], mardi soir, 5 h. ½
Mon cher petit homme, je n’ai pas encore allumé de feu, aussi je suis gelée jusque
dans la moelle des os. Ce n’est pas que je manque d’un CERTAIN feu mais je ne peux
guère me chauffer les pieds à ce foyer là.
Je vous aime mon petit Toto, si vous
ne le savez pas, je vous l’apprends.
Je suis tourmentée quoique j’aie l’air de
badiner, je voudrais savoir le résultat de ta démarche auprès de [E ?].
Depuis que je sais qu’on me fait le triste honneur de me prendre pour OBSTACLE, je
suis très inquiète et plus impatiente de connaître les suites de cette affaire que
je
ne le serais sans cela. Quel qu’en soit cependant le résultat nous pourrons nous rendre le témoignage, que nous
avons tout fait pour qu’il soit bon.
Je pense que peut être aujourd’hui, jour de fête chez les morts, tu auras eu
beaucoup de peine à rencontrer quelques vivants à qui parler de nos affaires.
Je
voudrais que tu fusses déjà de retour, les deux pieds devant le feu, tes deux
[mains] dans les miennes et tes yeux sur mes yeux. Et quelles que
soient les nouvelles que tu m’apportes, tu ne trouveras que tendresse, que caresses
qu’amour dans ta pauvre petite Cendrillon sans MARRAINE.
À bientôt mon amour, à
bientôt ma joie.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
