« 31 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 92-93], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10094, page consultée le 26 janvier 2026.
31 octobre [1836], lundi, midi ½
Mon cher petit homme, si j’ai été méchante comme une oie
dans le courant du mois, je veux au moins que le dernier jour efface tout d’un trait
les méchancetés dont je me suis rendue coupable. C’est donc à cause de cela, et puis
parce que je t’aime de toute mon âme, que je serai très bonne et très douce
aujourd’hui. J’aurais voulu dire très gentille, mais il ne
faut pas promettre plus qu’on ne peut tenir. Vous avez beau jouer le rôle du serpent, je ne vous donnerai pas du tout la réplique de notre
mère Ève. Je me garderai de toucher à aucun de ses fruits plus ou moins véreux et
pierreux que vous laissez avec tant de perfide sous mes yeux.
Je viens d’envoyer
la lettre de Jourdain à la poste. Je crois que ce ne sera pas trop tôt mercredi car
la
saison est vraiment très rigoureuse.
À bientôt mon amour, je vous aime, je vous
chéris de tout mon cœur.
Juliette
« 31 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 94-95], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10094, page consultée le 26 janvier 2026.
31 octobre [1836], lundi soir 5 h. ¾
Mon cher petit Toto, je vous aime, j’ai le cœur rempli d’amour quoique j’aie les
pieds à la glace. Je n’ai pas encore allumé de feu parce que j’ai travaillé dans la
salle à manger.
Je suis très gentille, style Dorval1, non mais là, je suis très bonne, très douce et je reconnais
que j’ai été très méchante et très bête tous ces jours-ci.
À propos du chapeau
de 125 F je vous le montrerai et vous y verreza joint un demivoile de [blonde ?] de 75F. Je vous ferai passer en revue tous les articles et
vous verrez que je ne vous trompe par sur les prix.
Je n’ai pas lu le plus petit journaleule. Je n’en veux pas lire. Je tiens trop à
ce que me reste d’yeux pour les si mal employerb. Je persiste donc dans ma résolution.
En attendant et
malgré le mépris que je professe pour toute la presse à colonne
à entre filet etc., je vous aime, je vous aime et je
vous aime.
Je voudrais bien que vous ayez assez froid pour sentir le besoin de
venir vous réchauffer au coin de mon feu. Je vous caresserai bien, je vous baiserai
bien, je vous bouchonnerai très bien2.
Juliette
1 Marie Dorval est une célèbre actrice des boulevards, qui, engagée à la Comédie-Française, joue le rôle de Catarina dans Angelo tyran de Padoue. Juliette en est très jalouse.
2 Citation de Molière, L’École des Femmes, acte V, scène 4, où Arnolphe dit à Agnès : « Sans cesse nuit et jour je te caresserai,/ Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai. » (v. 1594-1595).
a « verrai ».
b « emploier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
