« 22 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 137-138], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11412, page consultée le 24 janvier 2026.
22 septembre [1842], jeudi après-midi, 2 h. ½
Je ne devrais pas vous écrire, mon amour, aux termesa de nos conventions, mais je passe par-dessus cette convention
et je me donne des gribouillis à cœur joie pour tous ceux que je n’ai pas pu me donner
ces jours-ci. Je vous aime, mon Toto, vous saurez ça pour commencer. Ensuite, je vous
aime, et enfin, je vous aime. Trois choses qui composent à elles seules toute mon
existence. N’oubliez pas que vous m’avez promis de me mener voir les quatre ravissants
petits ours1, mais surtout n’oubliez pas qu’on
joue vos pièces à la Gaieté, qu’on jouera demain Hernani au
Théâtre Français et qu’il y a un siècle que je ne me suis régalée de votre poésie.
Je
voudrais étrenner ma fameuse robe neuve à cette occasion, ne me refusez pas cette
joie
innocente mon Toto ; songez qu’il y a un mois que je n’ai
mis le pied dans la rue ! Je voudrais bien aussi, sans te déranger, que tu passes
trouver le moyen de recommander ce pauvre Allemand2. Je t’en saurai certainement plus de gré
que si c’était pour moi, si je pouvais te savoir gré de quelque chose puisque tout
mon
être, toute ma reconnaissance et tout mon amour sont à toi. Mais enfin, mon pauvre
ange, ce serait une bonne action et qui rendrait toute une famille bien heureuse.
Vois
donc si parmi tes stupides académiciens il n’y en a pas un qui puisse vous servir
en
cette circonstance. Et puis maintenant, si j’ai manqué de respect envers l’AUGUSTE
CORPS dont tu fais partieb, je t’en
demande trois millions de fois pardon.
Quand donc pourrai-je exécuter MA RAZZIA ?
Il y a bien longtemps que vous me promettez la chose. Est-ce que vous ne la tiendrez
pas une pauvre petite fois ? Je ne suis pas la dupe de votre beau-père que vous me
plantez en épouvantail comme on fait dans les vignes et sur les cerisiers, et qui
n’est autre qu’un de vos vieux chapeaux posé sur un manche à balai et recouvert d’une
vieille camisole tricotée. Je suis très femme à n’avoir pas peur de ce savant d’un nouveau genre, essayez-en et vous verrez.
En
attendant, mon amour, je vais aller dans mes armoires chercher de quoi vous faire
un
paletotc de chambre pour cet hiver.
Clémentine vient demain, je n’ai donc que
le temps juste d’apprêter mes zoubilles3. Je baise vos chères petites pattes
blanches.
Juliette
1 À élucider.
2 Le beau-frère de Juliette, Louis (Ludwig) Koch, a épousé sa sœur Renée-Françoise Gauvain en 1840.
3 Pour houbille, « vieux vêtement, guenille » en patois.
a « au terme ».
b « parti ».
c « palletot ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
