10 septembre 1838

« 10 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 215-216], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3082, page consultée le 27 janvier 2026.

Vous allez donc dégottera tous les dandys et tous les rhinocéros de la capitale ? Je vous en fais mon compliment car j’attendais cette résolution pour me livrer aux écarts d’une toilette exagérée et furibonde. Dieu sait quelle explosion de brodequins, de bas de soie, de robes, de chapeau, de gants jaunes et de [illis.] dans les cheveux je vais faire sur ma personne. Quantb à vous, vous y répondrez par un bouquet bien nourri de pantalons collants, de brochettes et de coiffure plus ou moins tromblonnéec.Ce sera charmant. Il ne nous manque que de demeurer l’un à la barrière de l’Étoile et l’autre à celle du Trône pour éblouir tous les habitantsd de la ville et de la banlieue, y compris les étrangers. QUEL BONHEUR !!!!!e Voilà que mon mal de gorge me reprend et vous n’êtes pas là à votre poste pour me guérir. Si vous croyez que c’est agréable, vous vous trompez et si je m’écoutais, je vous destituerais de vos fonctions de médecin en chef de la grande Juju de tout le Marais. Aussi je suis décidée à ne vous pardonner que si vous revenez souper tout à l’heure. Papa est bien i, je l’aime, mais je le voudrais auprès de moi. Je ne comprends pas bien d’ailleurs pourquoi tu erres puisque ta pièce est en répétition1, que nous sommes en vacances et que je t’adore ? Je suis presque tentée d’être un peu jalouse. Malheureusement quand je veux ne l’être qu’un peu, je le suis beaucoup, c’est ce qui fait que je me mets en frais le moins possible. Vous seriez donc bien bon et bien charmant, mon Toto, de venir manger mes pommes de terre ce soir et coucher dans mon lit. Je vais bien ne penser qu’à vous pour vous magnétiser et vous ramener le plus vite possible auprès de votre vieille et fidèle Juju qui vous aime et qui vous adore. Pour commencer mes passes, je vous baise sur les yeux, sur la bouche et sur la plante de vos chers petits pieds.

Juliette


Notes

1 Ruy Blas est en répétition.

Notes manuscriptologiques

a « dégotté ».

b « quand ».

c « tromblonnés ».

d « habitans ».

e Les cinq points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.