« 7 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 245-246], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7516, page consultée le 26 janvier 2026.
7 octobre [1837], samedi midi.
Je t’écris avant déjeuner, mon cher bijou. C’est un petit bénédicité que je fais et qui n’en rendra mon repas que meilleur. J’aurais
mieux aimé cependant dire les grâces en ta compagnie. Mais
ce que j’aime le plus c’est ce qui m’arrive le moins, il faut se résigner.
Pense
à moi un peu mon cher adoré, et aime-moi. J’ai bien besoin que tu m’aimes du cœur.
Quel malheur que ce M. B1.
vienne se jeter comme ça à travers les rares moments que tu me destines. Si j’osais
je
le haïrais. Je ne peux pas souffrir que des étrangers mettent le nez dans mon écuelle
pour m’enlever le seul pauvre petit os qu’on me donne à ronger. C’est pas ma faute,
tu
m’as fait espérer que tu me ferais peut-être sortir aujourd’hui mais je n’y crois
pas
et qui plus est je ne t’en veux pas. Je sais que tu travailles, mon adoré, et par
conséquent que tu n’es pas maître de ton temps.
Jour mon petit pa. J’ai toujours ma douleur où vous savez. C’est pas beaucoup amusant. À
bientôt n’est-ce pas ? Je t’aime.
Juliette
1 Il peut s’agir de M. de Barthès, qui accompagne souvent Claire.
« 7 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 247-248], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7516, page consultée le 26 janvier 2026.
7 octobre [1837], samedi soir, 7 h.
C’est votre tour maintenant, mon cher bijou, parce que vous ne voulez pas qu’on vous
écrive de trop bonne heure. Sans cela je vous aurais servi le premier. J’espère que
tu
vas revenir tout à l’heure mon adoré et même, si tu étais bien gentil, tu viendrais
dîner avec moi avec la fameuse matelotea de tradition1. Mais tu TRAVAILLES et ce jour-là
tu n’aimes pas, tu ne manges pas… enfin tu ne fais rien le
jour où tu TRAVAILLES. J’ai fini toutes mes lettres dieu merci, cela me coûtait assez
à faire, du moins pour MmeP2…. Heureusement que m’en voilà quitte, à moins que
votre censure ne m’oblige à recommencer, ce qui serait mille fois embêtant.
Je
vous aime mon gros LOUP. Je vous aime comme une LOUVE ENRAGÉE. J’ai des envies de
vous
mordre et de courir après vous [ce] qui ferait très bien dans le
paysage si vous le permettiez. Mais hélas je ne bouge ni ne souffle dans la crainte
de
vous déplaire. C’est là vous aimer. Je m’en flatte. Viendrez-vous ? Ça n’est pas aussi
sûr que du vinaigre3 et je ne suis pas gaie. Si vous venez je me dériderai et
je serai très GEAIE. Quel bonheur ! Je t’aime
Toi.
Juliette
1 Dans La Servitude amoureuse de Juliette Drouet à Victor Hugo, Souchon cite cette phrase en ôtant la seconde occurrence du mot « avec », ce qui donne « manger la matelote ». Il est difficile de savoir en effet si la répétition de la préposition est un lapsus de Juliette ou si ce second « avec » est intentionnel, impliquant un double sens, le mot « matelote » (plat de poissons) pouvant aussi désigner une danse, une sauce ou encore une mode vestimentaire. Dans le doute, nous avons opté pour une transcription fidèle à la phrase originale de Juliette.
3 Jeu de mots fondé sur l’expression « sûr comme du vinaigre ».
a « matelotte ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
