2 octobre 1835

« 2 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 320-321], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9552, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon adoré, bonjour, mon Victor, bonjour, toi, bonjour. J’ai bien lua ma petite lettre, je l’ai bien baisée et cela à plusieurs reprises. J’ai bien pensé à toi, je t’ai bien aimé, je t’ai bien parlé toute la nuit car j’ai à peine dormib, tant à cause de ma douleur au genouc qui est devenue presque sérieuse et qui me fait boiter que parce que mon lit n’était pas fameux après la soustraction faite d’un matelas. Enfin, tout cela ce n’est rien, je suis si heureuse que je sens à peine toutes ces petites tribulations.
Mon cher adoré, j’ai lud hier Marie Tudor, Mme Lanvin m’en avait bien prié. J’ai eu fini à 11 h. ½. Je me suis couchée à minuit, je me suis levée à 8 h., j’ai tournée un peu dans ma maison tant pour ranger que pour me faire préparer le déjeuner. Ensuite, je t’écris et puis toujours je t’aime. Voilà ma préoccupation habituelle : t’aimer, t’aimer et puis encore t’aimer.
Il a fait un bien affreux temps toute la nuit mais dans ce moment-ci, il fait assez beau. Si ce temps-là dure, j’irai par la prairie, sinon par le pavé mais de toute façon j’irai à moins d’une inondation complète.
Mme Lanvin va s’en aller après le déjeuner, je lui ai donné ce dont nous étions convenus hier, ainsi que les explications que je lui ai faites avec beaucoup de soins. Voilà, mon cher bijou, ce que j’ai fait depuis hier. Ça n’est pas bien triminel ? Mais par exemple, une chose que je suis forcée de t’avouer, une chose à laquelle il m’a été impossible de résister, ça été de t’aimer, de ne penser qu’à toi, de te désirer toujours.


Notes

1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.

2 Juliette a joint une feuille d’arbre à sa lettre.

Notes manuscriptologiques

a « lue ».

b « dormie ».

c « au genoux ».

d « lue ».

e « tournée ».


« 2 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 322-323], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9552, page consultée le 01 mai 2026.

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Mon bon chéri, je te donne à ? cent mille à deviner ce qui vient de m’arriver. Voici : je suis revenue seule par la pluie et le plus mauvais chemin qu’on puisse imaginer. Arrivée à la maison, je n’y ai trouvéa absolument personne. Je pensais que sans doute la bonne était alléeb aux châtaigniers et que tu l’allais retrouverc à ton passage. J’ai attendud comme cela les pieds dans l’eau, la pluie et le vent me fouettant de toutes partsecinq grands quarts d’heuref. Enfin, ne sachant plus que penser et étant prête à me trouver mal d’inquiétude et de froid, je vois arriver ma susdite bonne par un autre chemin accompagnée d’une jeune fille qui la ramenait du chemin de Versailles où elle était allée, disant qu’elle s’était trompée de chemin parce que la boulangère de Jouy chez qui elle était alléeg lui avait enseignéh un chemin pour revenir prendre celui du pavé, qu’elle s’était perdue dans les bois et autre chose pareille avec beaucoup de gémissements et de plaintes, de ce qu’on la faisait sortir par des temps pareils et qu’elle voulait s’en aller demain matin. Enfin, de tout ce margouillis, ce que j’ai le mieux démêléi, c’est que la susdite bonne était parfaitement saoule et que ce que j’avais de mieux à faire était de la laisser cuver son vin. Voilà, mon pauvre enfant, les tribulations qui m’ont accueillies de minute en minute depuis que je t’ai quitté sans que mon amour ait faibli un seul instant. Je désire que ma santé soit aussi tenace que mon amour mais je me sens bien mal à mon aise. La frayeur que j’ai euej qu’il ne lui soit arrivé malheur, à cette soularde, m’a donnék un battement de cœur qui n’est pas encore passé. Pauvre chéri, heureusement que lorsque tu apprendras ma mésaventure, il n’y aura plus d’autre mal que le souvenir. Bonsoir, mon cher ange, dors bien, je t’aime.


Notes

1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.

Notes manuscriptologiques

a « trouvée ».

b « allé ».

c « retrouvé ».

d « attendue ».

e « toute parts ».

f « quart d’heure ».

g « allé ».

h « enseignée ».

i « déméler ».

j « j’ai eu ».

k « m’a donnée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.