« 3 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 324-325], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9553, page consultée le 25 janvier 2026.
Aux Metz, samedi matin [ [3 octobre 1835 ?]]1, 8 h. ½2
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, je suis heureuse de penser que tu as passé une
bonne nuit. J’aurais été doublement fâchée si tu avais su ce qui m’arrivait hier au
soir parce que cela t’aurait tourmenté et que je n’aime pas quand tu te
tourmentesa. Je n’étais pas au
bout de ma mystification hier au soir. Lorsque je t’écrivais, il me restait à savoir
que le dîner n’était pas fait ou plutôt pas mangeable dans l’état où je l’ai trouvé.
Je me suis donc couchée avec une assiettéeb de soupe mangée à contre cœur. Il est vrai que je n’avais plus
la moindre faim, de sorte que cela s’est très bien trouvé. Je me suis couchée à 9 h.
mais je me suis réveillée à 3 h. et il m’a été impossible de me rendormir jusqu’au
jour. Je n’ai pas besoin de te dire si j’ai pensé à toi et si je t’ai aimé. Je suis
levée depuis une demi heurec
à peu près. Je me sens encore fatiguée de la catastrophe d’hier mais j’espère que
cela
ne sera rien. Je n’ai pas encore parlé à cette fille parce qu’en ce moment, elle est
à
Jouy, je ne pense pas d’ailleurs en avoir grande satisfaction, elle est à ce qu’il
m’a
parud hier, tout à fait pareille à
mon autre soularde. Une fois prise sur le fait, elle s’en tire par des injures et
des
mauvais procédés. Celle-ci m’a déjà dit hier qu’elle voulait s’en aller le lendemain
matin. Mais comme il me serait encore plus désagréable d’en changer ici que de la
conserver jusqu’à Paris, je vais voir ce qu’il y a de mieux à faire.
Je te
demande pardon, mon pauvre ange, de te rabâcher tout cela mais je suis si fort avec
toi en pensée qu’il me semble que cela me soulage de te raconter mes tribulations
et
puis d’ailleurs dans toutes ces contrariétése qui me
poursuivent, il y a une chose qui ressort toujours plus grande et plus forte, c’est
mon amour pour toi. Je t’aimeplus.
1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.
2 Juliette a joint une feuille d’arbre à sa lettre.
a « tourmente ».
b « assietée ».
c « une demie heure ».
d « parut ».
e « tous ces contrariétés ».
« 3 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 326-327], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9553, page consultée le 25 janvier 2026.
Aux Metz, samedi soir [ [3 octobre 1835 ?]]1, 7 h. 20 m.
Mon bien cher Victor, je te demande pardon si j’ai été injuste envers toi tantôt,
mais c’est que j’ai été dans ce moment-là sous la mauvaise impression de ce que je
croyais de la froideur chez toi. Je te demande pardon, mon bien-aimé, mon Victor,
mon
Toto, mon tout.
Si tu savais, mon amour, comme c’est vrai que dans ce moment
d’angoisses et de souffrances réelles je t’ai aimé, comme il est bien vrai que j’ai
éprouvéa un grand soulagement en
pensant que tu ignorais l’affreuse position dans laquelle j’étais hier, tu m’aimerais
rien que pour cela.
Mon cher petit homme, je pense que vous avez pris vos jambes
à votre cou tantôt bien mal à propos et que vous serez arrivé bien trop tôt et aux
dépensb du bonheur de la pauvre
Juju. Je ne vous en veux pas mais je suis un peu triste. Si vous voulez réparerc un peu ce grand déficit dans mon
bonheur, vous viendrez cette nuit me voir et vous m’écrirezd une grande grande lettre que je lirai
à genoux en la baisant à chaque lettre, à chaque mot, à chaque ligne, à chaque page.
Voilà ce que vous feriez si vous aimiez un peu votre pauvre femme.
Depuis que tu
es parti, j’ai fait mon lit, j’ai travaillée, j’ai
dînéf seule car la bonne a
affectég de ne pas manger
aujourd’hui. Tu penses que je n’ai pas eu l’air de m’en apercevoir, d’ailleurs le
trop plein d’hier compense le trop vide d’aujourd’hui.
Maintenant, mon cher Toto, je vais aller me coucher et je lirai les journaux que vous m’avez apportésh et puis je vous aime et puis je vous
baise.
1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.
a « éprouvée ».
b « au dépend ».
c « réparé ».
d « écrirai ».
e « travaillée ».
f « dînée ».
g « affectée ».
h « apporté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
