« 19 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 43-44], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10885, page consultée le 05 mai 2026.
19 avril 1843, mercredi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, vilain et méchant, et affreux Toto, bonjour je vous aime mais ce n’est pas ma faute car je reconnais que vous ne le méritez pas. Quand je pense à votre escapade d’hier je suis furieuse contre vous. C’est comme cela que vous faites tous les jours, vilain monstre. Sous prétexte de travailler vous allez vous promener là où il y a le plus de monde et le plus de distractions. Pendant ce temps-là moi qui ne fais rien je reste enfermée comme une bête féroce toute seule, sans air, sans soleil et sans bonheur. Est-ce juste, je vous le demande dans votre conscience ? Vous savez bien que non et si vous me répondez quelque chose ce sera quelque billevesée ridicule qui ne prouvera rien sinon que vous ne m’aimez pas et que vous aimez mieux vous promener et vous amuser sans moi. Taisez-vous, méchant, vous devriez rougir de honte et venir me chercher tout de suite. Si le père Royer-Collard savait votre infâme conduite, il ne vous donnerait jamais sa voix et reporterait sur vous toute la sympathie qu’il a pour son cousin1. Vous êtes un vilain Toto que je haïrais de bon cœur si je le pouvais. Dieu sait que ce n’est pas l’envie qui m’en manque. Nous verrons aujourd’hui quel sera le nouveau prétexte que vous prendrez pour me laisser à la maison tandis que vous irez voir les saltimbanques et dépenser votre argent à pleines mains. Je vous attends de pied ferme et prête à partir avec vous malgré vous au moindre doute. Ainsi tenez-vous le pour dit scélérat et tâchez de venir bien vite. Je suis furieuse.
Juliette
1 Allusion à Victor Cousin ?
« 19 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 45-46], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10885, page consultée le 05 mai 2026.
19 avril 1843, mercredi après-midi, 3 h. ¾
Vous vous êtes encore débarrassé de moi pour toute la journée, mon cher petit
scélérat. Je ne suis pas votre dupe, croyez le bien ; et quand vous me dites : – je vais revenir, je fais mes préparatifs pour aller me
promener dans des bocages mystérieux, sûre que je suis de n’être pas surprise dans
ma
promenade. Voime, voime, c’est comme ça et vous
n’avez que ce que vous méritez.
Est-ce que ce n’est pas ce soir qu’on donne la
fameuse Lucrèce-Ponsard1 ? Tâchez dans ce cas-là et dans tout autre encore de n’y
pas aller sans moi. Baisez-moi, vieux vilain. Je vais prendre mes cliques et mes claques pour vous aller rejoindre tout à l’heure et vous
verrez avec quelle générosité je vous distribuerai ces dernières. Toto, Toto vous
êtes
un monstre. Je commence à m’en apercevoir, prenez garde à vous.
Jour Toto, Jour mon cher petit o, je vous aime comme si vous étiez le
meilleur et le plus charmant des hommes. Quelle constance, enfin c’est comme ça.
Profitez-en, monstre, pour vous remoquer de moi de plus belle. Un jour viendra
peut-être où ce sera mon tour et alors oh ! alors ce sera hideux. En attendant je
LICHE VOS BAUTTES2.
Juliette
1 La pièce de Ponsard, Lucrèce, est donnée à l’Odéon à partir du 22 avril.
2 Je lèche vos bottes.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
