« 20 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 47-48], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10886, page consultée le 26 janvier 2026.
20 avril 1843, jeudi après-midi, 3 h. ¼
Je suis très embarrassée, mon Toto, pour remplir toute cette grande feuille de papier blanc. L’amour sans esprit se réduit à ces deux mots : je t’aime et Dieu sait que, si j’ai le cœur plein, j’ai la tête vide. C’est ce qui fait mon embarras à l’heure qu’il est. Aussi, j’ai presque envie de ne pas retourner la feuille et de finir ici par les mots qui résument toute ma vie : JE T’AIME. Mais je crains que tu n’y voies de la paresse là où il n’y a que stupidité. J’aime mieux couvrir alors mes trois pages de gribouillis informes sur des sujets absurdes que de te donner cette mauvaise pensée sur mon courage et sur mon activité. D’ailleurs j’ai des choses très intéressantesa à te dire ; la première, c’est que je suis la plus heureuse femme du monde de t’avoir vu ce matin. La seconde c’est que tu es le plus beau et le plus ravissant des hommes. La troisième et dernière c’est que je suis folle de toi. Sans compter que l’assurance que tu m’as donnéeb tantôt que nous ferions notre voyage cette année me remue le cœur agréablement. Je donnerais dix ans de ma vie sans marchander pour que ce fût demain. Nous n’aurions jamais eu un plus beau temps et à ce sujet il est triste de penser que ce beau temps s’adresse si mal aujourd’hui. Dieu sait bien ce qu’il fait mais il est permis à nous qui ne le savons pas de le trouver absurde et injuste en cette occasion. Tout cela ne te trouble guère, mon Toto, et ne t’empêche pas d’être le plus calme, le plus noble, le plus doux et le plus charmant Toto qu’il y ait. Baise-moi mon Toto chéri, je t’adore baise-moi encore je t’aime de toute mon âme.
Juliette
a « interressantes »
b « donné »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
