16 février 1875

« 16 février 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 42], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d9092e439, page consultée le 01 mai 2026.

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La mauvaise nuit, la mauvaise santé, le mauvais temps, rien ne peut empêcher mon corps, mon cœur, mon âme de tressaillir, d’être émuea et de rayonner devant cette date suprême de notre amour 16 février mardi 1875 comme jadis le 16 février 1833. Chaque fois qu’un de ces quarante-deux anniversaires s’estb produit dans ma vie, je l’ai accueilli avec la même passion, avec le même ravissement et avec la même adoration que le premier jour où je me suis donnée à toi1. L’âge a beau vouloir tarir en moi la sève d’amour, il n’y parviendra jamais, dût-il y employer la mort car je sens que je t’aime au-delà de cette vie terrestre et pour l’éternité. Je prie Dieu de nous en donner la preuve à chacun de nous et au même moment. J’hésite à t’envoyer Mariette dès à présent parce que je crains que tu ne sois pas encore réveillé et je me reprocherais de troubler ton sommeil dans le cas où [tu] n’aurais pas bien dormi cette nuit. Cependant je suis bien désireuse d’avoir ma chère petite lettre mais je fais taire mon impatience dans l’espoir d’ajouter quelques minutes de plus à ton repos… Voici qu’on m’annonce madame Lanvin. Je vais la recevoir dès que je t’aurai redit encore une fois de plus que tu es la vie de ma vie, l’âme de mon âme, mon admiration et ma vénération, ma joie dans ce monde et mon espérance dans l’autre, que je te bénis et que je t’adore.


Notes

1 La nuit du 16 au 17 février 1833 est la première que Juliette Drouet et Victor Hugo ont passée ensemble. Celle du 19 février 1833, la nuit du carnaval du mardi gras, sera aussi marquante pour eux. Le mardi gras deviendra ainsi leur jour anniversaire (Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, t. I, « Avant l’exil, 1802-1851 », Paris, Fayard, 2001, p. 590). Chaque année, Hugo écrit à cette occasion une lettre que Juliette serre dans le livre de l’anniversaire.

Notes manuscriptologiques

a « ému ».

b « s’est ».


« 16 février 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 43], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d9092e439, page consultée le 01 mai 2026.

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Cher bien-aimé, ta lettre me brûle en m’éblouissant et j’en suis presque confuse tant je me trouve physiquement au-dessous de ton idéal ; mais quand je regarde en moi-même mon âme telle que ton amour l’a faite, j’ai l’orgueil de me croire au-dessus et j’attends sans trouble et sans fausse modestie le moment de te montrer la resplendissante et sainte nudité de mon âme devant Dieu1. Jusque-là, mon sublime et divin bien-aimé, il faut fermer les yeux sur la triste réalité de ma personne vieille et malade et attendre avec patience le rajeunissement promis au ciel. Je demande à dieu de m’accorder autant de jours qu’à toi parce que je ne sais pas comment je pourrais vivre ailleurs une minute sans toi fût-ceb au paradis et même en compagnie de nos saints anges. J’espère qu’il exaucera mon ardente prière et que nous mourrons et ressusciterons ensemble le même jour et à la même heure. Pour cela j’ai besoin de mettre ma santé d’accord avec la tienne, ce qui est assez difficile car je suis bien patraque. J’y essaie tous les jours sans grand succès jusqu’ici mais je compte sur le printemps pour me donner un petit coup d’épaule qui me permette de remonter sur ma bête et de continuer au pas ma route avec toi. Ce soir si nous n’avons personne et si madame Charles nous quitte de bonne heure, je te prierai de me faire faire le passus avec toi. Je voudrais faire acte de courage et de santé en l’honneur d’aujourd’hui. J’espère que j’y parviendrai. Je t’aime, je te bénis, je t’adore.


Notes

1 Victor Hugo lui écrit : « Tu le sais, je te l’ai dit déjà, février est deux fois mon mois de naissance ; j’ai [sic] suis né à la vie au sein de ma mère, j’y suis né à l’amour dans tes bras. Il y a eu cette nuit quarante-deux ans. J’ai pris cette nuit-là possession de ta beauté suprême, et de ton âme plus belle encore. Je t’ai baisée déesse et adorée ange. J’ai eu dans mes bras ta nudité de marbre et dans mon cœur ta lumière d’aurore. Depuis cette minute sacrée, je t’aime. Je t’aime éperdument. Quarante ans, quarante minutes. Je t’ai possédée sans me rassasier, je t’ai baisée sans m’épuiser, j’ai couché avec toi et il me semble que j’ai dormi dans le lit des étoiles. O ma bien-aimée, que nos âmes se mêlent et s’adorent à jamais ! / Sois bénie ! » (Lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet, 16 février 1875 ; CFL, t. XV-XVI/2, p. 587).

Notes manuscriptologiques

a Le signe # est apposé entre la date et le texte de la lettre.

b « fusse ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.

  • 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
  • 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.