9 juin 1850

« 9 juin 1850 » [source : MVH, α 8386], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8628e295, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon tout bien-aimé, bonjour, mon petit homme adoré. Je commence ma carrière non par visitera mon tonneau1, mais par demander quand, comment et combien de temps je te verrai aujourd’hui ? C’est toujours par là que je commence, que je continue et que je finis toutes mes journées, que j’occupe toutes mes pensées et que j’emploie toute mon intelligence. Hier je t’ai si peu vu que c’est plutôt un regret qu’un bonheur, et encore grâce à ce que tu m’as emmenée à moitié vêtue dans ton affreux petit cabriolet ouvert à tous les passants et dans lequel on ne peut même pas s’embrasser une pauvre petite fois. Je ne sais pas si c’est cette première sortie qui m’a fait mal, mais depuis hier j’ai la figure toute tuméfiée et qui me fait très mal. Après cela je devrais bien renoncer à chercher la cause des rougeurs et des érosions de ma pauvre figure ; pour l’usage et le cas que tu en fais il n’y a pas besoin qu’elle soit plus belle et plus nette qu’elle est. La laideronnerie va bien avec l’oubli et l’abandon. C’est la sauce naturelle et tous les sirops de Künckel n’empêcheront pas mon visage de rougir et votre cœur de se fermer. D’un côté je suis incurable, et de l’autre vous êtes trop guéri.

Juliette


Notes

1 Paroles d’une ancienne chanson à boire : « Je commence ma carrière / Par visiter mes tonneaux. »

Notes manuscriptologiques

a « visité ».


« 9 juin 1850 » [source : MVH, α 8387], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8628e295, page consultée le 01 mai 2026.

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Je te désire, mon bien-aimé, je t’attends et je t’espère. Il paraît que tu n’as pas eu affaire à l’assemblée aujourd’hui ? Tant mieux pour toi que cela fatigue ; je voudrais pouvoir en dire autant pour moi si cela devait t’amener plus tôt et te faire rester plus longtemps. Mais j’ai si peu de chance depuis plusieurs années que je n’ose pas y compter. Je t’attends, je te désire, je t’espère et je t’aime, voilà tout. Le bonheur est un peu comme le chien de Jean de Nivelle, plus on l’appelle et moins il vient. Tout ce qu’on peut faire c’est de l’attendre avec impatience et le plus courageusement possible.

À ce sujet je prends la liberté de te rappeler que tu m’as fait la promesse de me donner une toute petite soirée sous les arbres dans le délai de huit jours à partir du jour où je serai guérie, ou je serai censéea l’être du moins. Quant à moi, je n’ai pas oublié cette imprudente promesse et je vous la rappellerai tant que vous ne l’aurez pas réalisée. Jusque là je veux être une Juju bien honnête, bien résignée et bien confiante pour vous engager à tenir votre parole d’honnête Toto que vous êtes… PEUT-ÊTRE.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « sensée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.