« 28 juin 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 181-182], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8628e1759, page consultée le 01 mai 2026.
28 juin [1850], vendredi matin, 8 h.
Bonjour, mon petit Toto, bonjour, mon doux adoré, bonjour. Que je vous voie arrondir les bras et faire les doux yeux aux péronnelles de votre boutique vous verrez comme je vous zouspillerai. Essayez un peu devant moi rien que pour voir l’effet. Voime, voime et je te ferai des excuses comme à LACOMBE. Pensez-y, mon petit Toto, et joue de la prunelle et de la jumelle tant que tu voudras. J’espère que tu auras le soin et la délicatesse de me donner pour ce coup d’œil des tribunes hautes ou basses et que tu voudras mettre le comble au délire des femmes en parlant ce jour-là1. Si je pouvais espérer une aussi grande chance je crois que je me résignerais d’avance à toutes les bonnes fortunes qui en résulteraienta pour vous, mais je ne suis pas encore assez née COIFFÉE pour avoir une aussi fameuse chance. Tout ce que je peux raisonnablement espérer c’est de vous voir faire vos singeries galantes avec les toupies de tous les régimes et de vous flanquer une bonne pile en sortant de là.
Juliette
1 Le 9 juillet 1850, Victor Hugo prononce un discours contre la loi de restriction de liberté de la presse.
a « résulterait ».
« 28 juin 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 183-184], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8628e1759, page consultée le 01 mai 2026.
28 juin [1850], vendredi soir, 8 h. ¼
Il est bien certain maintenant, mon cher petit homme, que je ne te verrai qu’après ton dîner. J’attendrai donc pour commencer ma mascarade1 que tu sois venu et reparti. Hélas ! je crains qu’une fois habitué à ce visage de chiffon tu ne veuilles plus me voir en chair et en os. Aussi, mon adoré, je ne veux plus me déguiser devant vous désormais parce que le plus intrigué de nous deux ne serait peut-être pas vous. En attendant, je suis allée à toutes vos commissions. Mme Sauvageot n’avait pas de gants mais en revanche elle était sans dessus dessous car il paraît qu’on la poursuit et elle craint la mise en faillite comme étant dans le commerce, ce qui la désespère. Ce serait vraiment bien malheureux pour cette pauvre créature car je la crois une très honnête femme. De là je suis revenue par le haut de la rue des Martyrs et j’ai marchandé ta tapisserie qu’on m’a fait 200 francs, ce qui, vu sa vétusté, me paraît énormément cher. Je n’en aia offert aucun prix car le marchand ne paraissait rien moins que gracieux. J’attends de nouveaux ordres de toi pour agir. Jusque-là je suis très prudente mais je t’aime immodérémentb.
Juliette
1 Le docteur Künckel lui a prescrit, pour soigner la gale, l’application d’un masque.
a « Je n’en n’ai ».
b « immodérémment ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
