« 17 février 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 28], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette et Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6955e251, page consultée le 05 août 2026.
Paris, 17 février [18]74, mardi, midi ½
Nous avons aujourd’hui, mon cher bien-aimé adoré, plus et mieux qu’un embarras de charrette autour de notre doux et saint anniversaire, nous avons le petit tumulte de tes deux adorables petits-enfants auquela nous ne nous attendions pas, mais qui n’en est que plus charmant dans son inattendub. Le comble du bonheur aurait été de pouvoir les conduire nous-mêmesc au fameux cirque connu de Petit Georges et rêvé par Petite Jeanne, mais le mauvais temps, joint à mon reste de gripperie, me conseille lâchement la prudence. Ça n’est pas sans peine, mon cher adoré, que je t’impose le sacrifice d’une de tes plus précieuses joiesd et à moi aussi, mais je sens qu’il n’y a pas moyen pour moi de faire autrement. Quant à tes chers petits, leur plaisir n’en sera pas diminué, heureusement. Pourvu qu’ils aient le spectacle de môsieur et de madame Polichinelle et de leur auguste famille, peu leur importe avec qui. Cela étant, Mariette suffit de reste pour les piloter vers cette terre promise des Auriols1 et des Guignols. Quant à nous, mon cher bien-aimé, j’espère que nos deux âmes RAPPROCHÉES L’UNE DE L’AUTRE comme nos deux CORPS, ne souffrironte pas trop de l’absence de ces deux ravissants petits témoinsf de notre amour2. Voici le jeune Pelleport qui traverse la place. J’ai attendu, PENSANT qu’on l’aurait introduit, mais Henriette, pas prévenue, lui a dit tout de suite que tu travaillais. Il a laissé deux lettres venues au Rappel3, l’une de Camille Barrèreg de Londres, l’autre de Jules Lermina de je ne sais pas d’où. Tous les deux demandenth communication de Quatrevingt-Treize et moi je demande la continuation de ton amour pendant toute l’éternité. Sois béni. Je t’adore.
1 Jean-Baptiste Auriol (1808-1881), clown célèbre.
2 Victor Hugo écrit à la date du 16-17 février 1874 : « Alice m’envoie les deux petits. Je les fais déjeuner, et je les envoie avec Mariette au cirque voir des mascarades. (Ils ont rencontré M. A. Gouzien à un bal d’enfants costumés [illis.]. Jeanne a dansé avec des arlequins hauts comme elle et elle se plaint d’un polichinelle de quatre ans qui lui marchait sur les pieds.) » (Carnets manuscrits 1874 ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 53r).
3 Le Rappel : « Fondé en 1869 par l’entourage de Victor Hugo, Le Rappel rencontre rapidement un grand succès parmi un public d’étudiants, d’ouvriers et d’artisans. Républicain et fortement anticlérical, le journal se caractérise par son radicalisme et son ton tranché. Dans les années 1880, la concurrence de La Lanterne, La Marseillaise ou La Justice diminue son influence. » (Gallica).
a « au quel ».
b « inatendu ».
c « nous-même ».
d « joie ».
e « souffrirons ».
f « témoin ».
g « Barrière ».
h « demande ».
« 17 février 1874 » [source : Vente ADER Nordmann, salle des ventes Favart, 26-27 avril 2017, n° 140], transcr. Evelyn Blewer, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6955e251, page consultée le 05 août 2026.
Paris, 17 février [18]74, mardi soir, 7 h.
Cher bien-aimé, ce que tu dis tout haut mon cœur le soupire tout bas, ce que tu écris en lettres de flamme me brûle l’âme. Je t’aime passionnément, éperdument, religieusement comme les saintes aiment Dieu. Je m’en veux de n’être pas physiquement à la hauteur de mon amour. Je voudrais, quitte à en mourir aujourd’hui même, te prouver que je t’adore comme la première fois où je me suis donnée à toi. Mais je suis retenue de mon côté, comme tu l’es du tien, par la crainte de te faire un mal irréparable. C’est pourquoi, mon pauvre trop aimé, tu me vois apporter dans l’expression de mon ardente tendresse pour toi une réserve de surface dont mon cœur souffre en même temps que la sagesse m’approuve et me donne le courage de me résister à moi-même.
Cher, cher, cher bien-aimé, la voiture va arriver. Nous allons être, sinon séparés au moins très contenus par la présence de nos chers et excellents amis, les Meurice et les Vacquerie, c’est pourquoi je me hâte de verser mon âme dans la tienne et de te donner le suprême baiser avec ce dernier mot : je t’adore.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
