« 27 février 1865 » [source : BnF Mss, NAF 16386, f. 51], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6775e1006, page consultée le 07 août 2026.
Guernesey, 27 février 1865, lundi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour et joie si tu as aussi bien dormi cette nuit que l’autre comme je l’espère. Quant à moi j’ai passé une assez bonne nuit mais je m’en contenterai de reste si la tienne a été comme je le désire. En attendant tu fais bien de rester au lit par le vilain temps de brouillard qu’il fait ce matin.
Quelle bonne idée tu as euea hier, mon cher petit homme, de consacrer le gain de notre jeu à soulager la misère de cette pauvre vieille femme en proie à toutes les afflictions de cœur et de corps. Je doute qu’on puisse rien tirer de sa fille, Mme Ménage1 au cas même où on la retrouverait, mais c’est une bonne action de la part de Mme Chenay, dans tous les cas, que de la tenter et je m’associe de tout mon cœur à tout ce qui se fera pour adoucir le malheur de cette pauvre vieille mère abandonnée et oubliée par la disparition et la mort de tous ses enfants2. C’est demain, mardi, le dernier jour de notre mois et NOTRE second anniversaire car il y a celui du jour et celui de la date3. Je veux que nous le fêtions dans nos cœurs et dans notre petit comité. Je veux qu’il y ait bonheur pour nos deux âmes et gaîté pour tout le monde. Pour cela il suffit de s’aimer, de s’aimer et de s’aimer. C’est ce que je fais pour ma part sans reprendre haleine. Fais-en seulement la moitié autant de ton côté et tout ira bien.
1 On rencontre ce nom dans les agendas de Guernesey. Le 23 juillet 1860, Hugo y écrit : « Mme Lucas et Mme Alphonsine sont arrivées ce matin à 9 h. Elles logent chez Mme Ménage ». (Voir CFL, Tome XII/2, p. 1363). Le 9 mars 1861, on lit : « Mme Ménage est partie avant-hier pour Paris. Elle quitte Guernesey ». (CFL, Tome XII/2, p. 1363). Son identité exacte reste encore à élucider.
2 Victor Hugo écrit dans son agenda à la date du 26 janvier : « J’ai prié JJ. de mettre de côté tout mon gain au jeu désormais pour le donner à la vieille mère qui gagne quatre ou cinq pennys par jour à aller vendre des oignons de porte en porte ». (Agendas de Guernesey, dans CFL, p. 1486).
3 Juliette Drouet fait référence au Mardi gras 1833, où Victor Hugo l’attend à la fin de la représentation de Perrinet Leclerc dans laquelle elle joue. Ce jour-là Juliette Drouet a lancé un ultimatum à Victor Hugo. S’il se rend au bal des artistes au foyer du Gymnase comme il le prévoit, leur histoire est finie. (Pouchain, p. 119). Ils ont coutume de fêter leur première nuit du 16 février 1833 comme étant aussi celle du mardi-gras, mais le mardi-gras tombait le 19 février en 1833.
a « eu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
