27 septembre 1850

« 27 septembre 1850 » [source : Vente Drouot du 6 novembre 2013 (expert Jean-Emmanuel Raux), Arts et Autographes ], transcr. Florence Naugrette et Anne Kieffer, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6525e305, page consultée le 05 août 2026.

XML

Je viens d’écrire à [Butt ?] et je continue ma correspondance par ce dernier gribouillis qui vous est destiné. J’espère que l’amour des Beaux-Arts vous attirera dans votre atelier1 avant que je l’aie terminé et que je serai interrompue dans mon élucubration par votre auguste présence plus opportune que le brouillard pour les dépêches télégraphiques.

Il serait possible que j’allasse voir Eugénie2 avant de m’habiller pour n’avoir plus à sortir de la journée. Cela dépendra si tu viens ou si tu ne viens pas d’ici là car je resterai ou je m’en irai selon que tu seras là car avant tout je veux profiter des courts instants que tu passes chez moi.

Comment vas-tu, mon petit homme ? Cette nouvelle cautérisation te paraît-elle devoir faire plus d’effet que les autres3 ? J’ai hâte de savoir que tu vas mieux. Est-ce que ce n’est pas aujourd’hui que tu prends ton bain de soufre ? Dans ce cas-là il est probable que tu le prends ce matin et que je ne te verrai pas avant tantôt ? Si c’est pour cela, mon bien-aimé, je me résigne, car je suis plus impatiente de te savoir guéri que de te voir, quoique ta vue soit pour moi comme le rayon de soleil qui réchauffe le cœur et réjouit les yeux.

Dépêche-toi, mon petit homme, de faire tout ce qu’on te prescrit et avec la plus scrupuleuse exactitude pour être plus vite débarrassé de ton mal de gorge. Qui sait, peut-être que si tu étais guéri tu sentirais le besoin de faire une petite excursion de huit jours avec ta pauvre vieille Juju. Je me flatte de cette espérance qui ne se réalisera pas, hélas ! mais je serai toujours bien heureuse de te savoir guéri. Ainsi, de toute façon, mon amour, dépêche-toi de te guérir.

Juliette


Notes

1 Hugo a installé depuis août, pour trois mois, son atelier de peinture dans la salle à manger de Juliette Drouet. Il y vient chaque jour.

2 Eugénie-Constance Drouet (1816-1850), cousine de Juliette, est gravement malade. Elle souffre d’hydropisie depuis le mois d’août et mourra fin octobre. Dans une lettre à sa sœur datée du 10 septembre, Juliette parle de « l’impuissance de la science à conjurer cette effroyable maladie » (Juliette Drouet, Lettres familiales, éd. Gérard Pouchain, Condé-sur-Noireau, Charles Corlet, p. 35).

3 Hugo souffre de maux de gorge chroniques depuis quelques mois, et se fera opérer de la luette le 4 décembre 1850.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.