5 mars 1873

« 5 mars 1873 » [source : Collection particulière, MLM, 62260 0046/0048], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6525e1178, page consultée le 06 août 2026.

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Cecia ne peut être que le portrait d’un homme qui a dormi du sommeil de l’innocence la plus pure ou je ne m’y connais pas et je veux m’y connaître. Donc, mon trop aimé adoré, tu sais le proverbe : ce que femme veut, Dieu le veut. Puisse-t-il ne pas se démentir pour moi cette fois encore. Ta télégraphie tourbillonnante et joyeuse vient de faire sur mon cœur l’effet de passes magnétiques car de triste et découragé qu’il était avant de l’avoir vue il s’est trouvé confiant et heureux après. Merci, mon grand bien-aimé, de m’avoir ôté le poids qui pesait sur mon cœur depuis hier. J’espère qu’à force de t’aimer je ne te laisserai rien à désirer dans ce monde et dans l’autre. Je serais bien contente d’apprendre que tu as bien dormi réellement car je crains de prendre pour vrai le désir que j’ai que ce soit. Peut-être te verrai-je avant ce soir si tu vas à la banque tantôt et je pourrai m’assurer par moi-même de tout ce qui m’intéresse. En attendant je tâche de jeter mon mal de tête aux orties mais jusqu’à présent je n’en viens pas à bout. Il me semble que je rêve et que je suis malheureuse et pourtant je suis éveillée et je t’adore. Je crois que c’est un reste d’insomnie de cette nuit qui n’est pas encore dissipé tout à fait. Dès que j’aurai fini mon incohérente restitus je m’emploierai activement dans ma maison pour me ramener à des idées moins confuses et plus pratiques que celles qui m’obsèdent en ce moment. J’ai déjà ouvert toutes mes fenêtres malgré la brume et tout à l’heure je vais m’inonder d’eau fraîche ce sera bien le diable si je ne parviens pas à me dépêtrer de mon cauchemarb. Il faudra que je tâche d’obtenir de toi que tu désignes au plus tôt la place pour accrocher le cadre de Marion de Lorme qui court risque d’être cassé ce qui serait dommage. Je t’aime.


Notes manuscriptologiques

a Dessin de Juliette Drouet montrant Victor Hugo, chapeau sur la tête, qui agite de sa fenêtre le « torchon radieux » qui signifie qu’il a passé une bonne nuit.

b « cauchemard ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.

  • 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
  • 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
  • 12 juilletBlanche revient secrètement.
  • 21 juilletBlanche repart pour Paris.
  • 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
    Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne.
  • 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
  • 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
  • 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
  • 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
  • 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
  • 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.