« 24 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 77-78], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e1804, page consultée le 02 mai 2026.
Jersey, 24 mai 1853, mardi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour mon grand petit homme, bonjour. Je ne sais plus quel Fleury (non Cuvilliera)1 avait trouvé quatre-vingt-sept manières de dire « bonjour Marton ». Quant à moi, mon imagination ou mon inflexion de plume, comme tu voudras, n’a jamais pu aller au-delà des trois-ci-dessus répétées quotidiennement depuis plus de vingt ans. C’est un peu monotone, mais c’est parfaitement bête. Eh bien ! T’AS DITb QUI EN N’AURAIT PAS. Heureusement que l’canapé roule et qui a pas bésoin de le porter. Vous voyez d’ici dans quelle disposition d’esprit je me trouve ce matin. Mais ce que vous ne pouvez pas voir, c’est la profondeur de mon amour et son immensité. J’en remplirai le ciel et la terre sans en trouver le fond ni la fin. Telle est ma grandeur. Qu’est la vôtre, à côté ? RIEN, RIEN, RIEN. Maintenant, je ne serais pas fâchée de voir le bout de votre nez, sans vous commander. Mais vous êtes si paresseux qu’il n’est pas probable que vous veniez ; alors taisez-vous et résignez-vous à passer pour un pas grand-chose et plaignez-moi.
Juliette
1 Juliette joue avec le nom d’Alfred Cuvillier-Fleury (1802-1887), journaliste et critique littéraire au Journal des débats.
a « Cuvilliers ».
b « dis ».
« 24 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 79-80], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e1804, page consultée le 02 mai 2026.
Jersey, 24 mai 1853, mardi, midi ½.
J’attends le retour de Suzanne pour faire ta commission, mon cher petit homme. Mais comme elle ne se gêne pas non plus, tant les bons exemples se gagnent, elle ne fait que de s’en aller. Maintenant, et sous prétexte d’acheter deux tabliers pour Julie1, elle fera une pose chez le marchand de nouveautés. Cela me serait à peu près égal si je n’attendais pas son retour pour sortir et si je ne craignais pas que tu ne viennes pendant mon absence. Il est vrai que c’est aujourd’hui jour de poste et peut-être de POSE, ce qui te retiendra tard chez toi probablement. Je vais donc m’habiller et me mettre en campagne pour la Dinannaise et la chocolatière. En même temps je m’achèterai un peigne dont j’ai besoin et je ferai raccommoder mon bouton de chemise. Je serai sortie à peu près deux heures et rentrée s’il plaît à la Suzarde de 3 h. ½ à 4 h. Mais de près ou de loin, au nord ou au midi, le matin ou le soir, dans les champs ou à la ville, mon cher petit bien-aimé, je t’aime par-dessus mon cœur.
Juliette
1 S’agit-il d’une autre domestique de Juliette ?
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
