21 mai 1853

« 21 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 63-64], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e1455, page consultée le 05 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit bien aimé, bonjour ; je m’offre mon amour pour ma fête, c’est une manière comme unea autre de faire du lard avec la croûte de la mie de son pain chesse. À défaut de pot aux roses, je m’offre les fleurs de ma rhétorique, quel chiendent, et je me parfume de pataquès qui ne flaire pas baumeb. Telle est ma grandeur. Cela ne m’empêche pas d’espérer un petit bout de COMPLIMENT à l’occasion de ce jour MÉMORABLE1. Nous verrons si vous y penserez. En attendant, je vous couvre d’avance de toute mon indulgence et je cède humblement mon tour à Bou-stra-pa. En somme, il est juste qu’en fait de scélératesse, il ait le pas sur moi et je le lui donne volontiers. Cher petit homme, je ris parce que je crois que tu ne m’oublieras pas même au milieu de tes sublimes préoccupations. Mais je n’aurais pas cet aplomb gigantesque si je pensais que tu ne viendras pas ce matin, ne fût-cec que le temps de mettre ta bouche sur la mienne. D’ailleurs il faut que tu assistesd et même que tu donnes le fameux châle à Suzanne. J’ai oublié de te demander comment tu lui présenterais le cadeau et si je devais avoir l’air d’y entrer pour quelque chose. Du reste, ceci n’est qu’un bien petit accessoire et ma pensée égoïste te désire pour moi seule. Tâche de venir, mon bien-aimé, ne fût-cee qu’une minute. Mais dans tous les cas, je t’aime et je ne te rendrai pas responsable des empêchements qui surviendraient. Je t’adore en sainte et je t’aime en diable.

Juliette


Notes

1 Le 21 mai est le jour de la fête de Juliette. Elle reçoit en général une lettre de Hugo pour la célébrer.

Notes manuscriptologiques

a « un ».

b « beaume ».

c « fusse ».

d « assiste ».

e « fusse ».


« 21 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 65-66], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e1455, page consultée le 05 mai 2026.

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Tu as dit admirablement dans ton adorable petite lettre d’aujourd’hui tout ce que je pense, tout ce que je sens, tout ce que j’espère et tout ce que je crois moi-même dans mon cœur. Merci mon adoré bien-aimé d’avoir écrit pour nous deux cette ravissante lettre d’amour dont chaque mot semble fait d’un nouveau morceau de mon âme, merci d’être venu en aide à mon adoration enfouie sous mon ignorance comme les placers1 du Sacramento2 sous les sables. Merci de l’avoir extrait, fondu et ciselé avec ton admirable prose. Merci. Mais mon filon est loin d’être épuisé et plus tu en prendras et plus je t’en donnerai et plus il en restera dans mon cœur. Merci de ta délicieuse surprise, merci de ton cher petit portrait jumeau, merci de ta beauté, merci de ton sourire, merci de mon bonheur, merci de mon adoration, merci du passé, mercia du présent, merci de l’avenir.

Juliette


Notes

1 Gisements où l’on trouve de l’or ou des matières précieuses.

2 Comté de l’État de Californie.

Notes manuscriptologiques

a « meri ».


« 21 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 67-68], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e1455, page consultée le 05 mai 2026.

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Je pense, mon pauvre cher bien-aimé, que tu attends aujourd’hui la confirmation de la déplorable duperie dont tu seras probablement la victime. Aussi ma pensée se tourne avec une tendre inquiétude de ton côté. Je crains que tu ne sois triste et que cela ne te fasse mal. J’aurais donné tout au monde pour que cette journée commencée d’une manière si douce et si charmante, s’achève radieuse et sans aucune ombre d’aucun côté. S’il ne suffisait que du désir et de la volonté de t’épargner tous les embarras et tous les ennuis de cette vie, personne n’en serait plus exempta que toi, mon pauvre adoré. Mais ce qui est sur des tables inertes est sans action et sans force contre les événements désagréables et malheureux. C’est bien injuste de la part de ce bon vieux bon Dieu de donner tant de puissance magnétique au doigt et à l’œil pour faire dans des tables et de rendre invulnérablesb les [illis.] et les Bou-stra-pa moustachus et fourbusc. Mon Victor, je t’aime à faire danser les montagnes et je t’adore avec la force de toutes les âmes réunies en une seule, la mienne.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « exempte ».

b « inveulnérables ».

c « moustachu et fourbu ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.