« 7 mai 1874 » [source : Collection particulière], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d1763e25, page consultée le 07 août 2026.
Paris, 7 mai [1874], jeudi soir, 6 h. ½
J’allais t’écrire ce matin, mon ineffable grand bien-aimé, quand est arrivée la série non interrompue jusqu’à présent de choses et de gens à recevoir. Cependant, comme il m’est très pénible de garder pour moi seule ma restitus, je prends le parti de la débloquer de mon cœur ce soir en lui enjoignant d’aller se réfugier dans le tien si tu veux bien lui donner l’hospitalité comme je le désire et comme je l’espère. Je n’ai pas osé interrompre ton travail quand Robelin est venu tantôt m’apporter la lettre qu’il a écrite pour notre ex-propriétaire de la rue Pigalle1, ce qui n’était pas d’ailleurs nécessaire puisque tu pourras la lire avant que je l’envoie. Il viendra dîner demain. En attendant je remarque avec satisfaction l’entrain de tes nouveaux ouvriers. Et puisque te voilà je te saute au cou con amor, idolo del mio cor2.
1 Le 29 avril, ils ont déménagé du 55 rue Pigalle au 21 rue de Clichy.
2 Avec amour, idole de mon cœur.
« 7 mai 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 95], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette et Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d1763e25, page consultée le 07 août 2026.
Paris, 7 mai [18]74, jeudi soir, 10 h. ¾
Cher, cher, cher bien-aimé, la séparation que je redoutais à l’égal d’un malheur est maintenant un fait accompli. Dieu fasse que ce ne soit pas le commencement de la fin de tout bonheur pour moi dans un délai très court. J’ai le cœur rempli de tristes pressentiments. Cet étage qui nous sépare1 est comme un pont rompu entre nos deux cœurs et sur lequel ne peut plus passer aucune joie ni aucune espérance désormais. Je ne me fais aucune illusion ; à partir de ce soir, toute intimité cesse entre nous et mon doux horizon d’amour est à jamais fermé. Je tâche de me donner du courage en pensant que le bonheur que je perds, tu le gagnes dans tes deux chers petits-enfants. Je me dis que cette compensation doit me suffire et cependant je suis au désespoir et je me retiens pour ne pas pleurer à sanglots comme pour un malheur irréparable qui me serait arrivé dès la première marche que tu as franchiea tout à l’heure. Je me suis trop vite habituée à un bonheur qui ne m’était prêté que pour bien peu de temps. Mais quelque court qu’il ait été, je le bénis et je prie Dieu de faire de mes regrets et de mon chagrin présent un avenir de joie, de baisers et d’extase pour toi et pour tes deux petits anges.
1 Juliette Drouet et Victor Hugo ont quitté, le 29 avril 1874, le 55 de la rue Pigalle pour le 21 de la rue de Clichy. Rue Pigalle, ils vivaient ensemble, sans séparation. Rue de Clichy, Juliette Drouet occupe un appartement situé au deuxième étage de la maison alors que Victor Hugo, sa bru et les enfants logent au troisième (Carnets manuscrits 1874, 20 janvier ; BnF, ibid., f. 25r). Mais Hugo installe son bureau à l’étage de Juliette.
a « franchi ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
