« 30 août 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 13478, f. 221r et f. 222r et v], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d15453e1248, page consultée le 09 août 2026.
Paris, 30 août [18]74, dimanche matin, 9 h.
Les petits malheurs vaccinent les grands, dis-tu, mon grand bien-aimé, et je le répète après toi avec toute confiance pour l’heureux voyage de tes chers petits-enfants1 pour lequel j’ai failli être écrasée hier soir si tu ne m’avais pas dégagée à temps du piétinement des chevaux et de l’enchevêtrement des roues qui n’ont mis à mort que ma POLONAISE2 et mes jupes3. Quant à moi, mon cher bien-aimé, je te dois la vie ou plutôt je te la redois à nouveau puisque tu es la vie même de mon corps, de mon cœur et de mon âme. Aussi, loin de regretter l’accident d’hier, je le bénis pour le nouveau droit qu’il ajoute à mon amour et à ma reconnaissance envers toi. J’attends avec confiance de bonnes nouvelles de tes chers petits voyageurs dont j’ai payé hier avec joiea la prime d’assurance de santé et de bonheur tout le temps de leur absence. J’espère que tu as passé une bonne nuit malgré la petite émotion involontaire que je t’ai causéeb hier4. Je t’adore. Sois béni.
1 Mme Charles, Georges et Jeanne sont partis la veille, avec l’omnibus du chemin de fer, en vacances, pour la première fois, comme ils le feront désormais chaque année. Victor Hugo a écrit le 29 août 1874 : « […]. JJ et moi les avons accompagnés dans l’omnibus. Il y avait aussi Julie et M. et Mme Gouzien. Je les ai installés dans un coupé-lit. Alice emmène sa femme de chambre Angélique. Ces chers êtres sont partis à neuf heures moins dix minutes. Ils seront demain à 10 h. du matin à Genève. » (Carnets manuscrits 1874, 29 août ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 212r).
2 « Polonaise » : « robe polonaise » et par ellipse « polo naise ». Robe dont le dos est ajusté et cambré et dont les pièces de dos, très étroites à la taille, s’épanouissent sur une tournure en demi-panier (Leloir, 1961). Jupe plissée polonaise relevée très en arrière et garnie de petits biais bleus (Stéphane Mal larmé, La Dernière Mode, 1874, p. 779) (CNRTL).
3 Victor Hugo précise : « Il pleuvait. Le temps s’était assombri. J’ai ramené M. et Mme Gouzien avec nous dans une calèche découverte. Mme Gouzien est grosse. Arrivés à sa porte boulevard Poissonnière, je lui ai donné la main pour descendre. Tout à coup, le cheval a fait un faux mouvement et la voiture a versé. Personne n’a été blessé. J’ai pu soutenir JJ dans sa chute, elle est tombée, mais n’a eu qu’une contusion sans gravité au genou. Je l’ai ramenée rue de Clichy dans une autre voiture. […] Nous étions rentrés à dix heures. J’ai vu le genou de JJ ; il y a un peu de noir, mais pas d’enflure. » (Carnets manuscrits 1874, 29 août ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 220r).
4 Victor Hugo écrit : « Je sens de la protection mêlée à une catastrophe possible, et je remercie Dieu. » (Ibid.).
a « avec joie » est en ajout supérieur.
b « causé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
