« 27 septembre 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 205], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette et de Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d15058e1127, page consultée le 05 août 2026.
Paris, 27 sept[embre][18]74, dimanche matin, 8 h.a
D’abord je vous aime pour n’en pas perdre l’habitude. Ceci posé en principe, il me serait doux de savoir que vous m’aimez de même et que vous avez dormi comme un noir1 toute la nuit. J’ose espérer que oui. La pauvre Mme Chenay n’a plus que quelques heures à passer ici2, c’est-à-dire à la messe3. Pendant ce temps-là je lui ai fait un petit encas de voyage composé : d’une petite bouteille de vin, de quelques morceaux de sucre, d’une poire, d’une pêche et d’une grappe de raisin. J’espère que l’ami Rouillon sera du voyage et qu’il lui rendra tous les petits services dont elle aura besoin. Quant à moi j’avoue que je regrette de n’être pas de la partie car j’ai plus qu’un faible pour ce pauvre petit Guernesey où nous nous sommes aimés et où nous avons été heureux. Il semble que le cœur s’agrandit en raisonb de l’immensité de l’horizon et qu’on aime plus et mieux devant l’infini qu’on a sous les yeux. Si c’est une illusion elle est si douce que je voudrais la ressentir encore une fois, ne fût-cec que pour rendre, par comparaison, justice à notre amour quel qued soit le lieu qu’il habite – car la grande faculté du cœur c’est d’aimer, de souffrir et de bénir et de sourire partout.
1 Déformation de l’expression « dormir comme un loir ».
2 Victor Hugo écrit : « Julie est partie à midi pour Guernesey, accompagnée de M. Rouillon. Elle va par Granville et Jersey. Nous lui avons donné en partant un petit encas de voyage. » (Carnets manuscrits 1874, 27 septembre ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 235r).
3 Quelques jours auparavant, Victor Hugo a noté : « Julie est allée à Notre-Dame et à Saint-Sulpice et a vu le cardinal-archevêque de Paris, Guibert. Il est maigre, vieux et laid. Elle est éblouie. » (Carnets manuscrits 1874, 19 septembre ; ibid., f. 232r).
a Juliette Drouet écrit sur du papier à lettres de Victor Hugo avec la lettre « H » apposée en haut de la deuxième page.
b Le signe + est apposé entre les deux lignes.
c « fusse ».
d « quelque ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
