8 avril 1850

« 8 avril 1850 » [source : MVH, α 8364], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e538, page consultée le 09 mai 2026.

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Est-ce que tu serais plus malade, mon pauvre petit homme, que tu ne viens pas ? Pour t’accompagner je suis sortie de mon lit où j’aurais peut-être dû rester car je fais une triste figure depuis que je suis levée. Maintenant il se joint à mes maladies le tourment de ne pas te voir. Je sais bien que tu es coutumier du fait d’inexactitude mais le jour où tu es souffrant je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est peut-être le mal qui te retient chez toi. Dieu sait ce qui en est pour le quart d’heure mais moi qui ne le sais pas je suis très malheureuse. Je ne sais pas pourquoi tu ne consultes pas M. Louis et pourquoi tu t’obstines à traîner depuis le commencement de l’hiver cette indisposition qu’un peu de soins et de régime auraient fait disparaître promptement. Je t’assure que je ne trouve pas cela raisonnable. Si tu m’aimais, si tu avais le moindre sentiment de ta conservation tu ne te négligerais pas comme cela. Tu n’es décidément qu’un POÈTE qui ne comprend pas sa mission.

Taisez-vous. Ou bien expliquez-moi pourquoi vous me dites de m’apprêter pour une heure tous les jours, puisque vous êtes sûr d’avance de ne pas pouvoir venir avant quatre heures ? Baisez-moi et taisez-vous ce sera plus prudent.

Juliette


« 8 avril 1850 » [source : MVH, α 8365], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e538, page consultée le 09 mai 2026.

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Je continue mon rabâchage, mon amour, tout en trouvant le temps bien long et bien maussade. Encore si j’étais sûre que tu n’es pas malade je prendraisa peut-être mon mal avec plus de patience mais cette inquiétude ajoutée à l’absence m’agace et m’irrite au dernier point. Les gribouillis se suivent et se ressemblent tous chez moi avec une désespérante uniformité ; mais à qui la faute ? Est-ce que je peux parler d’autre chose que ce qui m’occupe ? Je le voudrais, je le saurais que je ne le pourrais pas. Je t’attends, je suis triste, je souffre, je m’inquiète et je m’impatiente, il faut bien que je te le dise. Tant pire pour toi si tu as le contrecoup de ma stupidité et de mon inquiétude. Quand tu voudras que je t’écrive des lettres GEAIES, tu n’auras qu’à venir de bonne heure, à te bien porter et à m’aimer. Alors tu verras avec quelle verve je pousserai mon cri de joie : quel bonheur ! Mais autrement rien du tout sinon que je bisque et que je rage.

Mon pauvre bien-aimé, j’ai beau essayer d’être DRÔLE, l’inquiétude me fige le sourire sur les lèvres. Il est bientôt cinq heures et tu ne viens pas, il faut que tu sois malade décidément ? Si j’osais j’enverrais Suzanne savoir ce qui se passe chez toi ? Mon Dieu que c’est triste de vivre séparésb l’un de l’autre. Tu ne le sens pas toi mais moi je finirai par crever à la peine.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « prendrai ».

b « séparé ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.