16 janvier 1865

« 16 janvier 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 14], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14749e743, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon pauvre adoré, bonjour. Comment as-tu passé la nuit ? Très agitée, je le crains. Et ton pauvre petit désespéré Victor1 et tous les autres pauvres affligés, quelle nuit ont-ils passéea ? J’espère que Dieu aura eu pitié de vous tous et vous aura envoyé un bon sommeil plein d’apaisement et de calme. Je le désire tant que je prends mon désir comme une presque certitude que cela est ainsi. J’ai tant besoin de ta santé et de ton sourire que ma pensée s’éloigne avec effroi de tout ce qui peut la troubler et te rendre malheureux. Chaque fois que je me suis réveillée cette nuit j’ai prié pour toi et pour tous les pauvres éprouvés que nous aimons. J’espère que Dieu en aura entendu quelque chose et qu’il m’aura exaucée.

J’enverrai tantôt savoir des nouvelles de la pauvre famille de Georges Road2. Et à ce sujet je te prie de considérer ma maison comme la tienne et plus que la tienne si c’est possible, en permettant que les relations entre ces braves gens et toi se continuent chez moi et avec moi. Ma réserve et ma discrétion ne vont pas jusqu’à l’exclusion absolue surtout quand cette exclusion apparente peut faire prendre le change et me donner l’odieux d’une dureté de cœur que je n’ai pas. Je consens bien à ne pas prendre ma part de plaisir parmi les gens heureux du dehors parce que j’ai le bonheur chez moi, c’est-à-dire ton amour. Mais je réclame ma solidarité dans toutes les douleurs que tu partages et que tu consoles. Donc, mon cher bien-aimé, si tu as [à] recevoir cette famille je te prie que ce soit chez moi plutôt que chez toi puisque par le fait tu as l’habitude d’agir ainsi envers tout le monde chaque fois que ta femme est absente.

Je te le demande avec insistance et presque comme une exigence personnelle et de situation qui ne cédera que devant ta volonté motivée que je respecterai toujours. En attendant, mon doux adoré, j’ai le cœur plein de tendresse, de pitié et de sympathie pour tous ceux que tu aimes et que tu plains et je t’adore de toute mon âme.

J.


Notes

1 François-Victor, dont la fiancée Émily de Putron est morte la veille, de la tuberculose.

2 Adresse de la famille de Putron.

Notes manuscriptologiques

a  « quelle nuit ont-ils passé ? ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.