1 décembre 1850

« 1 décembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/59], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11832e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon doux adoré, bonjour. Je t’aime. Je te le dis dans un seul mot parce que des volumes et des années et l’esprit du monde ne parviendraient pas à analyser tous les tendres sentiments d’admiration, de dévouement et d’adoration que j’ai dans le cœur pour toi et qui se résume admirablement dans ces deux mots : je t’aime.

J’avais bien peur hier que, me croyant à Sablonville1, tu ne viennes pas du tout le soir. Heureusement que tu as pensé à ta fumigation et peut-être un peu aussi à moi car il est impossible que tu ne sois pas quelquefois préoccupé de la pauvre femme qui ne vit que pour toi, qui n’a de joie qu’en toi, dont tu es la lumière et l’âme.

Je te remercie d’avoir pensé à cette pauvre Godillon. Tu es si bon que tu trouves moyen d’obliger tout le monde, toi, mais cette fois je crois que ta protection s’adresse à une pauvre femme aussi intéressante par le cœur que par le talent. Je suis sûre que Montferrier sera touché aux larmes que tu aies songé et mis si vite à exécution l’espèce de promesse que j’avais faite en ton nom et avec ta permission. Si tu avais eu le moindre désir ou besoin que je n’y aille pas aujourd’hui, tu aurais dû me le dire hier parce que je me serais excusée par un petit mot jeté à la poste. Du reste il sera encore temps de me le dire quand tu viendras, mon doux et tant bien-aimé. Ce que je te dis là ce sont des insinuations pour t’engager à rester avec moi le plus longtemps possible. Hélas ! j’ai beau m’ingénier, je n’ai pas encore trouvé ce qui peut te faire venir davantage et te retenir plus longtemps, à l’exception des fameux gribouillis, et encore la politique et le supplice de Tantale l’emportent-ils de beaucoup sur cette innocente passion. Taisez-vous puisque c’est prouvé même par les spirituelles [dénégations de Vilain ?].

Juliette


Notes

1 Les amis Montferrier invitent régulièrement Juliette dans leur villégiature de Sablonville (aujourd’hui quartier de Neuilly).


« 1 décembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/60], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11832e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Que je serais donc heureuse, mon bien-aimé, si tu pouvais dîner avec nous demain. Je n’ose pas l’espérer pour ne pas me faire un trop vif chagrin dans le cas trop probable où tu ne pourrais pas me donner cette joie, mais je ne peux pas m’empêcher de le désirer beaucoup. Nous t’attendrions tout le temps qu’il faudrait et tu ne resterais que celui de dîner si tes affaires te rappelaient chez toi dans la soirée. Si tu savais combien je désire ce bonheur, mon cher bien-aimé, tu ferais tous tes efforts pour me le donner. Du reste tu n’as pas besoin de me donner une réponse décisive aujourd’hui et même demain, surtout si ce n’est pas pour m’assurer que tu viendrais. Je te désirerai, je t’attendrai et je t’aimerai de toutes mes forces jusqu’au dernier moment, voilà tout.

Je regrette que mes convives soient tous des gens si ordinaires et si peu dignes de toi de toute façon, en exceptant l’admiration et la vénération profonde qu’ils professent pour toi. Malheureusement je vis dans un cercle trop borné et je suis moi-même trop ordinaire pour espérer jamais te montrer des illustrations d’aucun genre si ce n’est le jeune Falempin1 et sa Falempine. AUTREFOIS vous me trouviez un assez bon poisson pour me manger sans sauce, maintenant, hélas ! tous les cornichons tous les topinambours de la terre ne sauraient vous allécher à mon endroit et mon pauvre vieil amour n’a plus aucune saveur pour vous. Eh ! bien, vous avez tort ; il y a des choses qui gagnent avec le temps, goûtez-y et vous verrez. En attendant que cette curiosité vous vienne, je vous offre mes bourgeois en hors-d’œuvre, mon cœur comme plat de résistance et tous mes baisers conservés en quatre mendiants pour le dessert, la poire et le fromage par-dessus le marché.

Juliette


Notes

1 À identifier.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.