26 février 1876

« 26 février 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 59], transcr. Erminie Baudry, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11194e1000, page consultée le 01 mai 2026.

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Si les oreilles pouvaient entendre et si les yeux pouvaient voir ce qui se dit et ce qui se passe au ciel dans ce moment-ci, mon grand bien-aimé, on entendrait des hymnes de bénédiction en l’honneur de ta naissance divine et on verrait toutes les grandes et douces âmes penchées sur toi avec admiration et adoration. Il en est de même sur la terre de ceux qui te comprennent, qui te vénèrent et qui t’aiment. J’ai le cœur trop plein et je suis trop émue pour te bien dire tout ce que j’éprouve aujourd’hui de surcroît d’amour. Les mots me manquent et mon âme en est presque affoléea. Je ne peux que te dire : je t’aime ! Mon corps, ma pensée, ma vie, mon cœur, mon âme sont faits de ce mot là : je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime !!!!!

Mme Chenay a eu la touchante attention de t’envoyer des photographies de tes deux anges Léopoldine et Adèle. Je n’ose pas te les envoyer et pourtant je sens que ce sont elles, d’abord, avant tout le monde, qui ont droit de s’offrir à tes yeux. Peut-être vais-je charger Mariette de te les monter en même temps que ma chère petite restitus qui, elle aussi, veut passer tout de suite après tes deux chères âmes. Je vais me hâter pour ne pas être devancée car c’est à qui arrivera premier à cette fête bénie de ta naissance. Hosanah ! Hosanah ! Hosana in excelsis Deo ! Gloire à Dieu qui t’a donné à la terre pour le plus grand bonheur du genre humain ! Qu’il soit béni dans le ciel et sur la terre et dans les siècles des siècles pour ce don sublime et divin ! Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime.


Notes manuscriptologiques

a « affollée ».


« 26 février 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 60], transcr. Erminie Baudry, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11194e1000, page consultée le 01 mai 2026.

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Depuis quarante-trois ans le mois de février tout entier est devenu pour moi le synonyme amour, rayon, bonheur et joie. Aussi j’en voudrais marquer toutes les secondes, toutes les minutes et toutes les heures par des marques de tendresse, d’adoration et d’allégresse. C’est pourquoi, en dehors de tes douze petits mots presque effacés par l’encre trop fraîche, je te prierai ce soir de m’en écrire encore autant dans mon livre rouge qui est le tabernacle et comme le saint des Saints de notre amour. J’espère que tu ne te trouveras pas trop fatigué pour céder à mon ardente prière. Pauvre cher bien-aimé, non seulement tu n’as pas pu réaliser ton projet de sortir aujourd’hui à midi mais le temps s’est gâté et je crains que tu ne sois accompagné par la pluie ce soir. Heureusement que le printemps n’est pas loin et que tu seras forcément obligé d’en profiter, au moins pendant le trajet aller et retour à Versailles. En attendant, mon acharné piocheur, tu entasses des Pélions de chef-d’œuvres sur des Ossas1 d’œuvres sublimes sans t’interrompre un seul instant dans ce labeur surhumain. C’est prodigieux et effrayant tout à la fois car on craint de te voir succomber à la formidable tâche que tu t’imposes tous les jours. Jusqu’à présent nous en sommes quittes pour la peur, grâce à Dieu, qui sait ce que tu fais, qui l’approuve et qui te donnera jusqu’au bout santé, force et bonheur. C’est la prière que je lui fais à tous les instants de la journée. Qu’il soit béni pour l’avoir si bien exaucée jusqu’à aujourd’hui, qu’il soit béni encore de me permettre de vivre auprès de toi, sinon pour te servir, hélas ! mais pour t’admirer, te vénérer, t’aimer et t’adorer comme si j’étais déjà une âme de son ciel. Te voilà parti traînant mon cœur derrière toi. Tâche de me le rapporter le plus vite possible.


Notes

1 Les géants jumeaux Otos et Éphialte voulurent escalader le ciel en entassant le mont Ossa sur l’Olympe et le mont Pelion sur le mont Ossa. « Entasser Ossa sur Pelion » signifie se lancer dans une entreprise démesurée.

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo, élu sénateur, préside l’Union républicaine (qui siège à l’extrême-gauche du Sénat).

  • 30 janvierHugo est élu sénateur de la Seine.
  • 4 aoûtHugo nommé président de l’Union républicaine (extrême-gauche du Sénat).
  • 23 novembreMort de son frère Amand (né en 1803), dont Juliette a perdu la trace depuis leur séparation précoce à la mort de leur mère.