29 avril 1864

« 29 avril 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 117], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10590e999, page consultée le 01 mai 2026.

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Je t’attends, mon cher bien-aimé, et je t’aime. Peut-être auras-tu de la peine à tenir ta promesse de venir aussitôt après ton déjeuner car il doit être difficile pour toi de brusquer la causerie du matin : dans ce moment-ci surtout où toutes les nouvelles sont intéressantes. Quant à moi je suis prête à tout, soit qu’il me faille rester à la maison, soit que tu me fasses sortir. Pourvu que je te sente heureux, je suis contente. Je ne pense pas que M. Lebœufa me demande séance tantôt, du moins il paraissait ne pas y compter hier. Je serai donc libre toute la journée. J’en profiterai pour poursuivre la lecture de ton beau livre que je voudrais ne jamais quitter une fois que je le tiens. J’ai mis à jour tous les journaux et toutes les lettres qui parlent de cette nouvelle table de la loi littéraire1. Je sens et je pense comme eux et plus encore car mon admiration est doublée et redoublée de mon amour. Tu es le génie universel et moi j’ai le génie de l’amour. Je t’aime autant que tu es grand. Je t’adore autant que tu es bon. Tu es pour mon cœur et pour ma raison le Dieu visible et palpable en ce monde. Je passe ma vie à te prier et à te bénir. Quand tu viendras je te sourirai pour te prouver que tous mes bobos sont dissipés. En attendant j’épuise ce qui me reste de mal de tête à grogner mes servantes qui ne battent que d’une aile… d’oie. Et puis. Mais te voilà tout est bien, tout est bon, quel bonheur !

4 h.

Toi aussi, mon pauvre grand adoré, tu es souffrant2 ! Mais j’espère que ce ne sera rien, mais ce rien est encore trop quand on fait ce que tu fais. Et puis je ne veux pas que tu souffres, c’est contraire à ma santé et à mon bonheur.

J.


Notes

1 William Shakespeare est paru deux semaines plus tôt.

2 Victor Hugo note ce jour-là qu’il a acheté de l’eau de myrrhe, qu’il utilise pour se soigner les dents (Cinquième agenda, CFL, t. XII, p. 1457).

Notes manuscriptologiques

a « Lebeuf ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.