14 avril 1864

« 14 avril 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 101], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10590e381, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit invisible, bonjour, je vous aime. Je vois que vous avez mis toute votre literie à l’air, mais je ne suis pas encore parvenue, quoique j’aie déjà monté deux fois pour cela dans ma chambre, à vous voir, vous, que j’adore. Cela est injuste car je ne peux pas être gaie et heureuse tant que je ne vous ai pas vu ou au moins entrevu. J’espère que tu as passé une bonne nuit quoique tu te sois levé un peu plus tard que de coutume, ce qui est pour toi un signe d’insomnie nocturne. Quant à moi, j’ai rattrapé en un seul somme ma nuit précédente et j’étais levée un peu avant six heures. Aussi dès que je t’aurai vu et que je croirai que tu vas bien d’après ta pantomime joyeuse, je serai à la joie de mon cœur. En attendant je fais réparer ce matin les dégâts commis par Suzanne hier au soir. Cette pierre de Sisyphe que je soulève tous les matins et qui me retombe sur la tête tous les soirs me fatigue et m’attriste plus que je ne voudrais. Mais j’ai beau appeler à moi ta philosophie, je ne peux pas parvenir à rester indifférente devant ce petit supplice de tous les jours et pourtant, mon cher adoré, Dieu sait si je cherche à te plaire en toute chose. Il n’y a pas d’efforts que je ne sois capable de faire pour cela, en supposant, ce qui n’est pas, que tu m’imposes des choses contre mon cœur ou contre mes goûts et tu es loin de m’imposer cette pauvre soularde à laquelle je tiens comme toi. Je n’ai pas le courage de m’en séparer et pourtant son vice gagnant du terrain tous les jours il faudra bien s’y résoudre car la vie et ses besoins sont impérieux et ne peuvent pas se supprimer à notre gré1. Donc, mon pauvre cher petit homme, il faudra que toi-même tu m’aides à prendre mon courage à deux mains pour faire cette amputation devenue tout à fait nécessaire et puis me voilà au bout de mon papier sans avoir pu te dire le quart de ma tendresse et de mon amour.


Notes

1 La servante Suzanne sombrant dans l’ivrognerie, Juliette et Hugo songent à la renvoyer.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.