« 13 mars 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 157-158], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9629, page consultée le 24 janvier 2026.
13 mars [1842], dimanche, midi
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon Toto, comment vas-tu ? Tu n’es pas revenu
hier, vilain méchant. Cependant je te désirais de toute mon âme et jamais je n’ai
plus
senti le vide que me cause ton absence que pendant cette longue soirée. Après un si
bon petit dîner, il aurait été [illis.]. Vous êtes venu mon amour et vous êtes déjà
reparti dans l’espace de cinq minutes, ce qui fait que je vous ai vu comme on voit
le
soleil de mars auquel vous ressemblez beaucoup dans ce moment-ci à cause de vos
fréquentes absences et de vos courtes apparitions. Enfin moi je ressemble à tout ce
qui a besoin d’air, de soleil et d’amour et qu’on tiendrait enferméa dans une cave à deux cents pieds
au-dessous du sol.
Sérieusement mon cher ange, j’ai besoin de toi, j’ai besoin
de te voir, j’ai besoin de t’entendre, j’ai besoin de ton souffle pour vivre. Quand
te
verrai-je mon Toto ? Quand viendras-tu ? Quelle joie ce serait pour moi de sortir
avec
toi. Il me semble que ce serait le paradis. Hélas ! Tu ne parais pas disposé à me
donner ce bonheur-là de sitôt et puis tu travailles toujours, ce qui fait que tout
cela me relègue indéfiniment dans mon coin. Je ne t’en veux pas mon cher amour mais
je
suis triste, voilà tout. Baise-moi mon adoré, tu es beau, tu es bon, tu es charmant,
tu es mon Toto toujours plus aimé. Baise-moi encore mon amour et reviens bien vite
si
tu peux. Mon dieu quel beau temps ! On s’en aperçoit jusque dans cette vilaine grande
chambre nue et sombre. Qu’est-ce que c’est donc sur les quais ou aux Tuileries ? Que
je voudrais y être avec toi.
Juliette
a « enfermer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
