« 12 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 358-359], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9562, page consultée le 27 janvier 2026.
Aux Metz, lundi soir [ [12 octobre 1835 ?]]1, 7 h. ¾a2
Vous voyez, mon cher petit homme, par le format de mon papier que vous n’aurez
rien perdu pour attendre, et que je me dispose à vous faire l’histoire de mon cœur
depuis hier au soir en long et en large peut-être même en travers. Voici que je
commence : je vous aime mon Victor, je t’aime mon Toto, je t’adore mon petit homme.
Je
n’ai pas d’autre pensée que la tienne, pas d’autre désir que celui de te voir, pas
d’autre coquetterie que celle de te plaire.
Depuis que je t’ai écrit hier au
soir, comme je te l’ai déjà ditb, j’ai
eu une soirée chantante et presque dansante. Je me suis couchée à 10 h. ½. Je me suis
endormie dans ton souvenir. Je me suis réveillée deux ou trois fois dans la nuit,
et
puis enfin à 6 h. du matin, j’ai été réveillée par un cher petit galant qui s’est
venu
glisser auprès de moi dans mon lit et que j’ai eu la charité d’accueillirc le mieux qu’il m’a été possible. Ce
pauvre cher petit qui ne s’était pas couché de la nuit a été néanmoins un très vert
galant. Mais à quoi bon vous narrer des choses que vous savez aussi bien que moi.
J’aime mieux vous dire ce que vous ne savez pas. C’est que ce même charmant petit
coucheur m’avait donné une lettre avant que de partir et que j’ai lue toute seule
avec
des cris de joie, des baisers d’amour sur chaque ligne et de l’adoration à chaque
mot.
Depuis je n’ai fait que l’aimer, penser à lui et puis l’aimer encore en
travaillant.
Mon cher petit Toto, quand je t’ai eu quitté, je suis revenue par
le chemin convenu sans rencontrer personne jusqu’aux premières maisons des Metz.
Rentrée chez moi, j’ai achevéd mon
débarbouillage ébauché, ensuite j’ai fait du feu pour me chauffer parce que j’avais
eu
bien froid tête nue et sans schall. Après quoi, j’ai dîné, j’ai relue ton adorable petite lettre, je l’ai mise
à côté de moi pour t’écrire, je t’ai dis tout ce que j’avais de plus tendre et de
plus
doux et de plus sincère dans le cœur, que je T’AIMAIS.
Je finis ma lettre avec
l’espoir que tu vas venir dans quelques moments. Je fais des vœux pour
[que] ta combinaison n’aitf pas
d’obstacle et que nous passions au moins cette nuit-ci ensemble. Mais quoi qu’il
arrive, je t’aimerai, je serai ta Juliette bien fidèle.
1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.
2 Evelyn Blewer suppose que « cette lettre est sans doute écrite le même jour que celle, également sans date, de Victor Hugo », publiée, dans l’édition de Jean Gaudon, p. 75).
a « acceuillir ».
b « dis ».
c « acceuillir ».
d « achevée ».
e « relue ».
f « aie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
