« 20 août 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 103-104], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9286, page consultée le 24 janvier 2026.
20 août [1840], jeudi après-midi, 4 h. ½
Je voulais ne pas t’écrire, mon Toto, ou plutôt je veux ne plus t’écrire car j’ai trop souvent des sujets de tristesse et
d’amertume qu’il est inutile de constater par unea espèce de procès-verbal jour à jour et minute à minute. Cette petite
démonstration quotidienne de ma pensée et de mon amour ne peut avoir de charme
que si rien d’amer et de désenchantéb ne s’y mêle, autrement à quoi bon ? Je n’ai pas
assez d’esprit pour me servir avec fruit des occasions fréquentes de chagrin
que tu me donnes et si quelque chose peut se tolérer dans ce gribouillage de
tous les jours ça ne peut être qu’un cri de joie, d’amour et de bonheur. Je
t’ai déjà demandé plusieurs fois de me laisser discontinuer ce commerce
épistolaire que je fabrique à moi toute seule, je pense que tu ne t’y opposeras
plus et que je pourrai être sans contrainte et sans mauvaise grâce triste et
malheureuse lorsque tu m’auras injustement blessée.
Je voudrais aussi, mon
bien-aimé, pour éviter de mettre en action ce proverbe populaire que :
lorsqu’il n’y a pas de foin au râtelier les chevaux se
battent, nous nous entendissions sur ce que nous pouvons dépenser et
sur quoi tu veux faire porter tes économies et ta réforme. Moi je suis prête à
tout pour éviter même l’ombre d’un reproche comme ceux que tu m’as adressés
tantôt chemin faisant et à travers ta jalousie que j’excuse. J’avais prévu ce
qui arrive et je ne suis pas aveuglée sur ce qui arrivera mais je veux ne rien
négliger pour te faire ouvrir les yeux sur tes propres ressources et pour
t’arrêter n’importe à quelle borne de ce mauvais chemin dans lequel tu m’as
forcée d’entrer avec toi.
Maintenant, mon bien-aimé, je peux te dire avec
force et avec vérité que je te suis fidèle de corps, de pensée et d’actions
plus qu’une sainte ne l’est au ciel devant Dieu. Tout ce que je t’ai dit pour
l’argent de cette tirelire est vrai depuis un bout jusqu’à l’autre et ce qui
est aussi vrai c’est que tu m’as bien profondément chagrinée injustement et que
je t’aime.
Juliette
a « un ».
b « désanchanté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
