« 15 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 324-325], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8925, page consultée le 25 janvier 2026.
15 septembre [1836], jeudi soir, 6 h.
Mon cher bien-aimé, depuis tantôt je ne suis occupée qu’à me désinfectionner sans
pouvoir y réussir. Je maudis doublement cette puanteur puisqu’elle a pu t’éloigner
de
moi et t’empêcher peut-être encore de venir ce soir, en supposant que Fourequeux1 et
autres vous aient laisséa le champ libre. Je suis vraiment la plus malheureuse des femmes
heureuses et la plus sale des femmes propres. Je commence à m’en apercevoirb aujourd’hui. Dans ce cas-ci il
vaudrait mieux jamais que tard. Il n’importe. Je suis très
malheureuse et je voudrais pour beaucoup ne sentir que vous.
Malheureusement je ne le peux pas. C’est ce qui fait ma tristesse, mon mal de tête
et
mon dégoût.
Mon pauvre petit homme, je ne me suis pas avisée de rien faire pour
bouger parce que je suis trop certaine que vous êtes parti pour toute la NUIT. Dans l’intérêt de vos petits boyaux et de votre belle
petite tête vous avez bien fait mais dans le mien vous vous êtes conduit comme un
cuistre et comme un égoïste2.
1 Méchant jeu de mot que Juliette pratique à l’occasion.
2 Souligné trois fois. Et dans sa fureur Juliette ne signe pas.
a « laisser ».
b « apercevoir ».
« 15 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 326-327], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8925, page consultée le 25 janvier 2026.
15 septembre [1836], jeudi soir, 7 h. ¼
Je continue mes doléances et je persiste à puer plus que jamais, quoique j’aie changé
de tout depuis les pieds jusqu’à la tête.
Ça ne m’empêchera pas quoique je ne
puisse pas vous sentir de vous aimer de toutes mes forces. À
propos, je peux vous rendre un service non prévu par l’agronome du Gignac1. Menez-moi ce soir dans votre chambre, et je vous réponds de faire
tomber morte et à mes pieds toute la population de punaisesa que vous y logez si magnifiquement. Je
ne vous demande rien pour cela que l’honneur de votre connaissance utile à mon bonheur. Voilà tout. Mais dépêchez-vous car je ne
réponds pas de ma vertu anti-punaisiaque passé ce soir.
Je vous aime dites donc, pourquoi que vous ne venez pas tout de même, vous ne
m’aimez qu’inodoriquement ? C’est gentil. Moi je vous aime à toutes les sauces et
à
toutes les odeurs et dans tous les temps. Vous voyez bien que je vous aime plus que
vous ne m’aimez et que je suis bien à plaindre.
Juliette
1 À élucider. Des deux communes portant le nom de Gignac, dans l’Hérault et en Dordogne, aucune n’a donné naissance à un agronome ou entomologiste de renom.
a « punaise ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
