« 14 octobre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 47-48], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8781, page consultée le 25 janvier 2026.
Jersey, 14 octobre 1852, jeudi matin, 8 h.
Bonjour, mon pauvre doux père triste, bonjour, avec toutes les tendresses de mon âme, bonjour. Je n’espère pas te voir encore beaucoup aujourd’hui car, après avoir reconduit ce pauvre cher enfant1, tu sentiras le besoin de rester dans ta famille pour lui donner des consolations sur ce triste départ et pour en recevoir toi-même d’elle. Je le sais, mon bien-aimé, et je m’y résigne d’avance, regrettant, dans mon tendre égoïsme, que mon amour ne soit pas tout pour toi comme le tien l’est pour moi. Mais j’espère que l’absence de ce pauvre enfant ne sera plus de longue durée car il est impossible que son esprit et son cœur se plaisent longtemps à ce faux amour dont le principal attrait est de n’être pas l’amour. Je sens que ma pensée aurait besoin d’explication pour être comprise par d’autres que par toi, mais comme c’est pour toi seul que j’écris et que tu as l’habitude de me COMPRENDRE à travers mes amphibologies2 je suis bien sûre que tu traduis ma pensée tout entière. En attendant, mon pauvre doux adoré, je te plains de subir encore une fois cette cruelle séparation. Il est probable que tu passeras sous mes fenêtres pour le reconduire. Je compte sur cet itinéraire pour lui dire adieu du regard, de la pensée et du cœur et pour t’étreindre de l’âme quand tu passeras. D’ici là tâche de venir me voir rien que le temps de te dire : je t’aime. Tu vois que cela n’est pas bien long. Cependant si tu ne peux pas absolument, je me résigne et je t’aime toujours plus, jamais moins.
Juliette
1 Départ de François-Victor Hugo pour Paris.
2 Amphibologie : construction grammaticale ambiguë ou figure de style volontaire permettant à une phrase d’être comprise deux manières.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
