« 8 juillet 1851 » [source : BnF, Mss NAF 16369, f. 105-106], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.870, page consultée le 26 janvier 2026.
8 juillet 1851, mardi matin, 7 h.
Bonjour, mon bon petit homme, mon cher petit homme, mon VRAI petit homme, bonjour.
Comment vas-tu ce matin, mon pauvre doux aimé ? La pensée que tu peux souffrir
davantage ce matin à cause de ma triste folie d’hier me tourmente et me rend
malheureuse au dernier point. Tant que je ne t’aurai pas vu, tant que je ne serai
pas
sûre que mes inquiétudes ne sont pas fondées, tant que je ne t’aurai pas demandé
pardon avec tous mes regrets, tout mon cœur et toute mon âme, je ne pourrai pas te
sourire de mon vrai sourire de bonheur et de joie.
Je voudrais être déjà à
tantôt pour être bien sûre de n’avoir rien de grave à me reprocher envers ta pauvre
chère santé, mon trop bien aimé. D’ici là, tâche de ne rien faire toi-même qui puisse
ajouter au mal involontaire que je t’ai fait hier. Si tu fais cela, mon bon petit
homme, si tu ne souffres pas, si tu me pardonnes et si tu m’aimes, oh ! alors je n’ai
plus d’inquiétude, plus de remords, plus d’amertume et de défiance. Je suis heureuse.
Quel bonheur ! quel bonheur ! quel bonheur ! Le bon Dieu nous montre l’exemple à tous
les deux en faisant le soleil si beau et si doux pour te guérir plus vite. Profites-en
mon bien-aimé et je te promets de mon côté de me guérir de ma triste maladie secrète. Quel que soit le bonheur de lire un de tes admirables
discours, mon sublime petit homme, quelles que soient l’attente et l’impatience de
tout le monde après tes divines paroles, je t’avoue que je ne souhaite pas que tu
parles cette fois si cela peut te faire le moindre mal. Il n’y a pas de dévouement
qui
puisse exiger que tu sacrifiesa ta santé et de triomphe qui puisse la payer. C’est mon opinion.
Elle n’est pas d’une spartiate mais d’une femme qui t’aime plus que tout au monde.
Juliette
a « sacrifie ».
« 8 juillet 1851 » [source : MVHP, Mss, a 9141], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.870, page consultée le 26 janvier 2026.
8 juillet [1851], mardi soir, 11 h.
Merci, mon doux bien-aimé, merci d’être venu ce soir. Merci avec ma joie de t’avoir
vu, avec ma reconnaissance pour la peine que tu as prise, avec tout mon amour, avec
tout mon cœur et toute mon âme, merci. Maintenant que tu es bien sûr que je suis
tranquille, que je ne me tourmente plus, que j’ai toute la confiance dans les paroles
si tendres, si sérieuses et si saintes que tu m’as dites, je ne veux pas que tu
t’imposes la fatigue de venir me voir à l’heure de ton repas et dans le moment le
plus
occupé de ta vie. Autant je serai heureuse de tous les instants de loisir que tu
pourras me donner, autant je serais malheureuse de savoir que je te suis un fardeau
et
un ennui ajouté à tous ceux sous lesquels tu plies. Je veux que tu te ménages, mon
pauvre doux adoré, je veux que tu sois éternellement jeune, beau et charmant,
dussé-je, pour cela te faire un talisman de ma patience, de mon courage et de ma
résignation. Je consens à être la pauvre vieille fidèle Bauldour pourvu que tu sois
toujours le jeune et beau Pécopin. Ma jeunesse à moi, c’est ton sourire, ma beauté
ton
amour, ton bonheur ma joie. Sois heureux, mon petit homme, tu ne le seras jamais
autant que je t’aime. Aies confiance en moi en tout puisque je n’ai pas d’autre souci,
d’autre ambition que ton bonheur sous quelque forme qu’il soit. J’ai tous les courages
et tous les dévouements pour toi car j’ai tous les amours. Aussi je t’en supplie,
au
nom de tout ce que tu as de plus cher, de plus vénéré et de plus sacré, ne me trompe
pas pour rien et sur rien, si tu ne veux pas que je meure désespérée.
Bonsoir,
bien-aimé, dors bien. Je t’envoie toutes mes plus douces pensées pour te bercer et
te
sourire en rêve.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.
- 1851Hugo visite les caves de Lille.
- 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
- 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
- 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
- 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
- 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
- 26-27 octobreAutre excursion.
- 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
- 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
- 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.
