« 13 octobre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 29-30], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8001, page consultée le 26 janvier 2026.
13 octobre [1841], mercredi soir, 6 h. ¼
Voici une belle journée passée, mon cher petit bonhomme, et sans grand profit pour
moi que le pauvre petit bout de matinée morcelée de travail que j’ai passé avec
vous1. Mais quand donc
aurez-vous l’humanité de me faire sortir sans me mesurer les minutes et les
aspirations comme vous avez eu l’infamie de me l’offrir tous ces jours-ci ? En vérité,
je vous le dis, ma patience et mon courage sonta à bout. Vieux Chinois2 que vous êtes, vous vous moquez de ça, vous qui m’aimez à votre aise
et qui prenez la clef des champs quand les jambes vous en disent. Mais moi, c’estb autre chose, voyez-vous, je suis
attachée par les pieds, par la tête et par le cœur à cette affreuse chaîne qu’on
appelle l’amour (style figuré), chaîne si courte qu’elle ne me laisse pas la faculté
de m’étendre, de respirer ni même d’aimer à mon aise. À votre place, le cœur me
saignerait de faire à une pauvre Juju si douce et si MOUTON tout ce que vous lui
faites souffrir. Écoutez, scélérat, je vous engage pourtant à y prendre garde si vous
ne voulez pas que je crève un de ces beaux jours d’apoplexie et d’amour foudroyant.
Je
vous engage sérieusement à y prendre garde car je sens des maux de tête et des
douleurs de cœur qui ne sont rien moins que rassurants.
Je vous aime assez,
monstre d’homme, je t’aime, mon cher adoré, et tout ceci n’est que pour SOURIRE :
–
SOURIS-MOI. Mais au fond, je te rendsc
bien la justice que tu travailles et que tu te dévoues pour tout le monde avec une
persévérance et un courage surhumainsd. Mon adoré, quand je pense à cela, moi si inutile, je n’ai
plus le courage de me plaindre. Je t’aime, mon Victor bien-aimé, crois-le bien comme
si Dieu te le disait et reviens bien vite.
Juliette
1 Hugo passe la journée au chevet de sa femme, souffrante. En témoigne sa lettre à Amédée Achard du 13 octobre 1841 : « Je lis, cher monsieur, ou pour mieux dire, je relis votre beau et charmant livre près du lit de ma femme bien malade ; dès qu’elle ira un peu mieux et que je cesserai d’être infirmier, je me mettrai absolument à votre disposition, et je m’adresserai directement pour ce qui vous concerne au ministre de l’Intérieur, car je ne me crois pas grand crédit auprès de M. Cavé […] » (Œuvres complètes de Victor Hugo, Correspondance, Tome IV (année 1874-1885, addendum), Paris, Imprimerie Nationale, Albin Michel, Ollendorff, 1947-1952, p. 180).
2 Juliette appelle fréquemment Hugo ainsi parce qu’il éprouve un intérêt tout particulier pour la Chine. Il en fait mention dans ses œuvres et collectionne aussi chez lui de nombreux objets.
a « son ».
b « cette ».
c « rend ».
d « surhumain ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
