30 mai 1849

« 30 mai 1849 » [source : BnF, Mss, NAF 16367, f. 159-160], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7417, page consultée le 25 janvier 2026.

Je te remercie d’être revenu ce soir, mon doux adoré, je t’en remercie d’autant plus fort que je sens combien tu es occupé. J’aurais désiré être prévenue que je pourrais t’accompagner ce soir, je ne me serais pas déshabillée. Mais dans l’ignorance de cette possibilité, je m’étais mise à mon aise et il m’aurait fallu un peu de temps pour me rhabiller des pieds à la tête. Ajoute que je souffre comme une pauvre damnée de mon affreux pied et que j’ai très mal à la tête ce soir. Du reste je reconnais que tu fais tout ton possible pour me rendre moins difficile et moins pénible le bout de chemin qui me reste à parcourir pour arriver à la résignation complètea et entière de ton indifférence (trop justifiée hélas !). Je la reconnais et je voudrais hâter le pas pour te débarrasser plus vite, mais mon cœur n’a pas le courage de ma raison. Voilà pourquoi il s’attarde le plus longtemps qu’il peut sur cette route qui mène à l’oubli, qui est pire que la mort. Je t’ai offert de m’en aller pour t’épargner l’agonie de mon bonheur malade depuis longtemps. Je sens que ce serait agir généreusement et que tu m’en saurais gré, ce qui serait encore une manière de me faire aimer de toi. Mais j’aurais besoin d’être encouragée dans ma résolution. La moindre parole tendre, le plus petit signe de regret de ta part sont autant de prétextes auxquels[« auquels ».] je m’accroche pour retarder ce sacrifice que mon amour trop rétrospectif rend de jour en jour plus nécessaire. Si tu ne m’y aides pas par un peu de dure franchise je suis capable de m’imposer à toi indéfiniment, ce qui me serait encore plus odieux qu’à toi. En attendant je t’aime comme une pauvre folle que je suis.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « complette ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.

  • 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
  • AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
  • 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.