7 août 1863

« 7 août 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 210], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7228, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon plus que bien-aimé, bonjour. Je suis contente si tu as passé une bonne nuit et heureuse si tu m’aimes. Tu parles quelquefoisa des esprits de tes rêves qui s’amusent à te taquiner pendant que tu dors. Que dirai-je donc moi des démons de mes jours qui me tourmentent en me faisant trop souvent dire le contraire de ce que je pense intérieurement ? Je souffre en songeant que tu peux t’y méprendre, ne fût-ce qu’une seconde, et je donnerais la moitié de ce qui me reste à vivre pour que l’autre moitié ne soit pas troublée par rien de triste et de troublé. Je t’aime, mon grand petit homme, je te vénère et je t’admire et je ne comprends comment cet amour qui me remplit le cœur et l’âme peut se traduire jamais en quelque chose d’offensant pour toi. Il faut croire que les mots qui sortent de la bouche à de certains moments se travestissent et affectent des sens monstrueux uniquement pour faire pitié au pauvre être qui les dit malgré lui et à celui qui les entend et s’en indigne. J’étais dans ce cas-là hier. Je t’en demande pardon comme d’un tort volontaire et je te supplie de me croire quand je te dis que tu es le meilleur, le plus généreux et le plus [illis.] des hommes. Le jour où je te dirais le contraire, c’est que je n’aurais plus ma raison ni mon cœur. Ce jour-là, mon pauvre adoré, tu auras à prendre soin d’une malheureuse folle [et ?] et tu devras ajouter à tous ton amour pour moi la PITIÉ SUPRÊME1 qu’on doit à la pauvre [illis.] enfermée dans la bête comme dans une prison de chair. Jusque-là, mon doux adoré, je t’aimerai en pleine connaissance de cause comme le plus [parfait ?] des hommes.


Notes

1 La Pitié suprême, terminée le 1er janvier 1858, sera publiée en février 1879.

Notes manuscriptologiques

a « quelquesfois ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.

  • 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
  • 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
  • 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
  • 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.