« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16323, f. 34-35], transcr. Jeanne Stranart et Véronique Cantos, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7030, page consultée le 25 janvier 2026.
Samedi soir, 8 h. moins 10 m.
Que vous êtes donc gentil, mon petit Toto, d’être venu me voir aujourd’hui, que je suis donc ravie, mon bien-aimé, de ces quelques heures que tu m’as donnéesa tantôt. Je voudrais pouvoir te montrer le dedans de mon cœur pour que tu voiesb à quel point ta présence me ravit. Je viens d’envoyer la bonne chercher mon chapeau, parce qu’il est plus que certain qu’elles ne l’enverront pas aujourd’hui ni demain puisque c’est dimanche. Je n’ai pas voulu non plus commencer la lessive du coffre avant de t’avoir écrit. Mon cher bien-aimé, sais-tu combien je t’aime ? Et comment je t’aime, dis, le sais-tu ? Bien souvent, je n’ose pas te le dire parce que je te vois préoccupéc et que je ne veux pas te fatiguer. Bien souvent aussi je ne te le dis qu’à moitié, dans la crainte de te paraître folle si je te le disais comme je le sens. Mon Victor adoré, c’est à en mourir de joie quand tu me parles seulement. Il y a d’autres moments, et ceux-là sont les plus fréquentsd, où je voudrais me mettre à genoux devant toi et baiser tes pieds. Il y en a d’autrese encore où mon cœur déborde. J’ai besoin d’initier les passantsf à mon bonheur. Je le dis tout haut, je t’appelle mon mari, je t’appelle mon amant dans mon cœur et devant Dieu. Oui, mon cher bien-aimé, j’ai des accès de joie et d’enivrement qui m’effraientg et que j’ai besoin de réprimer à cause de notre vie et de nos mœurs qui ne permettent pas à une pauvre femme de se montrer publiquement heureuse. Oh ! mais ça m’est égal, je t’aime en dedans tant que je peux.
Juliette
ha « donné ».
b « voyes ».
c « préocupé ».
d « fréquens ».
e « il y a en d’autre ».
f « passans ».
g « effraie ».
h Juliette signe dans le coin gauche, au bas de la première page.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
