« 3 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 63-64 ], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.692, page consultée le 24 janvier 2026.
3 février [1836], mercredi matin, 10 h.
Bonjour mes chers petits hommes, comment allez-vous ce matin, mes bons petits amis ?
Avez-vous un peu dormi au moins, vous trouvez-vous mieux ? Moi, j’ai fort peu dormi
et
bien mal dormi, préoccupée que j’étais par la pensée que vous étiez tous les deux
souffrants. J’ai rêvassé toute la nuit en me réveillant d’heure en heure, croyant
toujours entendre la porte s’ouvrir. C’est la première fois que je redoute de te voir
au milieu de la nuit. Enfin, j’espère qu’il n’est rien arrivé de fâcheux puisque tu
n’es pas venu, mon pauvre bien-aimé, et j’espère aussi que tu te seras reposé un peu
cette nuit. Cependant je voudrais te voir, je serais plus tranquille. Si tu savais,
mon Toto adoré, je t’aime avec le cœur, avec les entrailles. Je t’aime dans toute
l’acception du mot : je t’aime.
Je vais me lever et faire mes affaires et puis
je serai bien triste si je ne te vois pas avant ce soir, parce que malgré moi je
croirai que c’est que ton pauvre petit ange est plus malade. Tâche de faire tout ton
possible pour venir, ne fût-ce que cinq minutes, pour me dire comment vous allez et
comment vous avez passé la nuit tous les deux.
En attendant, mon cher petit bien
aimé, je vais bien penser à toi, je vais bien travailler et bien t’aimer. Toi,
soigne-toi bien, ne te fatigue pas et aime-moi un peu.
Je baise vos quatre
petits pieds et toutes vos petites mains blanches et roses.
« 3 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 65-66], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.692, page consultée le 24 janvier 2026.
Si je t’ai fait de la peine, mon bien aimé, je t’en demande pardon doublement car
je
reconnais que tu es dans une position déjà triste et qui demande des ménagements
surtout de moi. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi j’ai laissé échapper une plainte
quelconque sur ma manière de vivre plutôta aujourd’hui qu’hier ; ma position, je l’accepte sans aucun regret,
ainsi je n’ai pas de raison pour revenir sur une résolution que toi seulb pourrais détruire. Je crois m’apercevoir
que tu m’aimes moins, je crois même en être sûre d’après toutes les impatiences qui
t’échappent comme malgré toi, et puis par d’autres signes encore et qu’il serait trop
long de consigner sur une feuille de papier. J’ai bien avec moi un Victor dévoué, mais je n’ai plus mon Victor amant d’autrefois. Si cela était, comme je le crois de plus en plus, il
est certain que ton devoir serait de me quitter et tout de suite. Car jamais je n’ai
prétendu vivre avec toi autrement qu’en maîtresse aimée et
non en femme dépendante d’un ancien amour. Je ne demande ni ne veux de pension de retraite. Je veux ma place entière dans ton cœur
isolée de toute espèce de devoir ou de reconnaissance. Voilà ce que je veux. Comme
je
veux être la femme honnête et soumise à tous tes désirs plus ou moins justes.
Si
je t’ai fait de la peine, mon cher bien-aimé, je t’en demande pardon du plus profond
de mon cœur. Si tu as à te reprocher de me cacher une décroissance d’amour, aie le
courage de me le dire et ne me laisse pas l’affreux soin de le deviner. Si tu m’aimais
encore autant qu’autrefois, dis-le moi encore car j’en doute et que le doute en amour
vaut la plus horrible certitude. À bientôt. Moi, je t’aime.
J.
a « plus tôt ».
b « seule ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
