« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16322, f. 227-228], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5835, page consultée le 24 janvier 2026.
Jeudi soir, 5 h.
Voici encore une belle journée passée, mon Toto, sans te voir, je ne dis pas sans sortir, parce que c’est tout simple. Je m’apprête depuis 2
jours inutilement, mais un jour où il faudra que je me peigne à fond et où je ne serai
pas prête, tu seras trop heureux d’avoir ce prétexte pour t’excuser de ne pas me faire
sortir jamais. Je me suis aperçue cette nuit que tu avais oublié mes lettres, c’est
encore tout simple et je n’ai rien à dire à cela, sinon à regretter du beau papier,
de
bonne encre et de bon amour qui seraienta mieux chacun à leur place : le papier dans le buvard, l’encre
dans la bouteille et l’amour dans le cœur, n’est-ce pas juste ? J’ai pris le second
volume de Mme de Sévigné. Je
vais copier le passage sur Racine, quoiqu’en vérité, je sois
persuadée que cela ne peut te servir à rien, car j’ai déjà fait plusieurs extraits
que
tu m’as rendus avec enthousiasme. Enfin, c’est pour t’obéir, voilà tout.
Quelle
belle journée aujourd’hui et comme mon mal de tête se serait bien accommodéb d’un tour de promenade. J’ai promis
de ne pas te tourmenter tant que tu feras ton livre1. Je veux tenir ma
promesse et ne plus te parler de rien, que de mon amour qui est plus abondant, plus
vif et plus passionné que jamais.
Juliette
1 En 1834, Victor Hugo s’attèle à l’écriture de plusieurs « livre(s) ». L’emploi de ce terme nous amène à écarter les pièces de théâtre et autres poèmes. Il pourrait alors s’agir de Littérature et philosophie mêlées, ou bien de Claude Gueux, si la lettre a bien été écrite en 1834.
a « serait ».
b « acommodé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est pensionnaire à la Comédie-Française, engagée par faveur, mais n’y est jamais distribuée. Malgré de plaisantes excursions et villégiatures, l’inaction commence à lui peser, et les disputes alternent avec les réconciliations
- 15 janvierÉtude sur Mirabeau.
- 19 marsLittérature et philosophie mêlées.
- 1er avrilElle est engagée à la Comédie-Française, mais n’y jouera jamais.
- 14 maiPromenade sur la butte Montmartre.
- 2 juilletHugo lui offre un médaillon le représentant « sur fond de Notre-Dame de Reims ».
- 3 juilletExcursion à Jouy-en-Josas.
- 6 juilletClaude Gueux.
- 17 juilletIls vont à Notre-Dame de Paris.
- 20 juilletElle déménage du 35 bis, rue de l’Échiquier pour le 4 bis, rue de Paradis.
- 22-26 juilletVoyage avec Hugo à Saint-Germain, Meulan, Rolleboise, Louviers, Évreux, Pacy-sur-Eure, Poissy.
- 2 aoûtSuite à une violente dispute, Juliette Drouet fuit en Bretagne avec sa fille Claire chez sa sœur, à Brest.
- 8 août-1er septembreHugo l’y rejoint pour la ramener à Paris. Voyage à Brest et sur les bords de la Loire.
- 1er septembreHugo installe Juliette et Claire dans une petite maison dans le hameau des Metz près de Jouy-en-Josas, dans la vallée de la Bièvre.
- À partir du 3 septembreHugo séjourne chez Bertin aîné aux Roches, près de Biévres, avec sa femme et ses enfants.
- OctobreJuliette Drouet emménage au 50, rue des Tournelles.
