« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16322, f. 187-188], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5815, page consultée le 24 janvier 2026.
[1833 ?]1
Samedi, 9 h. ½
Je veux t’écrire, mon Victor, parce que mon cœur est plein d’amour pour toi –
Cependant, il y a un peu d’amertume au fond de lui – et c’est cette amertume que je
voudrais répandre en dehors afina de
n’avoir plus qu’à t’aimer – Promets-moi de ne pas mésinterpréter mes plaintes,
laisse-les s’exhalerb en liberté –
N’oubliec pas, toutd le temps que tu les liras, que je t’aime
au-delàe de tout – Mon pauvre ami, si tu pouvais voir
l’état de mon cœur quand il est près de toi – et lorsqu’il en est loin, tu serais
bien
rassuré et bien plein de confiance dans mon amour – Mais enfin, puisqu’il n’est pas
donné à notre machine humaine de pouvoir s’ouvrir pour laisser voir ce qui se passe
en
dedans – il faut s’en rapporter aux preuves extérieures qui sont quelquefois les
reproductions fidèles de ce qui se passe intérieurement. Ainsi, ma pauvreté – mes
gros
souliers – mes rideaux sales – mes cuillères de fer – l’absence de toutes coquetteries
et de tout plaisir étranger à notre amour – devraient te témoigner à toutes les heures
– à toutes les minutes – que je t’aime de tous les amours à la fois – que je t’aime
exclusivement – que je n’ai pas d’autre besoin que celui d’être aiméef de toi – que je t’aime seul – et pour toi seulg –
Il [est] déjà 10 h. Il faut bien que je
t’aime pour ne pas t’accuser d’un retard qui m’enlève une partie de mon bonheur de
ce
soir – Reviens, mon Victor – et mes yeux, mes paroles – le sonh de ma voix – mes caressesi te prouveront mieux encore que cette
lettre – à quel point je t’aime.
Juliette
1 L’utilisation des tirets comme unique ponctuation nous invite à dater cette lettre de 1833.
a « à fin ».
b « exaler ».
c « oublies ».
d « tous ».
e « audela ».
f « aimé ».
g « t’aime seul » et « pour toi seul » soulignés deux fois.
h « sont ».
i « caressent ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est pensionnaire à la Comédie-Française, engagée par faveur, mais n’y est jamais distribuée. Malgré de plaisantes excursions et villégiatures, l’inaction commence à lui peser, et les disputes alternent avec les réconciliations
- 15 janvierÉtude sur Mirabeau.
- 19 marsLittérature et philosophie mêlées.
- 1er avrilElle est engagée à la Comédie-Française, mais n’y jouera jamais.
- 14 maiPromenade sur la butte Montmartre.
- 2 juilletHugo lui offre un médaillon le représentant « sur fond de Notre-Dame de Reims ».
- 3 juilletExcursion à Jouy-en-Josas.
- 6 juilletClaude Gueux.
- 17 juilletIls vont à Notre-Dame de Paris.
- 20 juilletElle déménage du 35 bis, rue de l’Échiquier pour le 4 bis, rue de Paradis.
- 22-26 juilletVoyage avec Hugo à Saint-Germain, Meulan, Rolleboise, Louviers, Évreux, Pacy-sur-Eure, Poissy.
- 2 aoûtSuite à une violente dispute, Juliette Drouet fuit en Bretagne avec sa fille Claire chez sa sœur, à Brest.
- 8 août-1er septembreHugo l’y rejoint pour la ramener à Paris. Voyage à Brest et sur les bords de la Loire.
- 1er septembreHugo installe Juliette et Claire dans une petite maison dans le hameau des Metz près de Jouy-en-Josas, dans la vallée de la Bièvre.
- À partir du 3 septembreHugo séjourne chez Bertin aîné aux Roches, près de Biévres, avec sa femme et ses enfants.
- OctobreJuliette Drouet emménage au 50, rue des Tournelles.
