« 8 septembre 1858 » [source : Bnf, Mss, NAF 16379, f. 256], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5648, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 8 septembre 1858, mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon pauvre patient, bonjour, mon doux martyr, bonjour. J’ai le cœur tout remué en pensant que c’est peut-être en ce moment-ci qu’on te taille en pièces. On aa beau dire que ce n’est rien qu’une incision… cruciale… je voudrais bien voir ceux qui en parlent si gaillardementb aux prises avec le bistouri, même repassé de chloroforme, il est probable que leur vaillantise serait assez piteuse et leur rire assez jaune. Mais tout cela, mon pauvre bien-aimé, ne remédie guère à tes souffrances et je ne sais plus qu’en dire si ce n’est que je suis bien malheureuse de ce nouvel accroc à ta convalescence. Je n’ose pas envoyer chez toi ce matin savoir ce qui se passe pour ne pas désobliger ta femme par cette marque de sollicitude. J’attendrai que tu puisses m’apporter toi-même des nouvelles de l’opération. Jusque-là il faut que je tâche de brider mon impatience avec l’espoir que tout s’est bien passé et que tu pourras peut-être dîner ce soir avec moi. S’il suffit de le désirer et de t’aimer pour que tu sois soulagé et guéri tout de suite, tu l’es certainement déjà mon pauvre adoré. Mais hélas ! Je sais trop depuis trois mois que l’amour est une panacée impuissante.
a « on n’a ».
b « soient » ajouté par erreur au-dessus de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.
- 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
- 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.
