« 13 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 245-246], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5522, page consultée le 27 janvier 2026.
13 octobre [1844], dimanche matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon pauvre cher petit homme. Je n’ose pas te
demander comment tu vas ce matin car je t’ai vu si triste cette nuit1 que je crains que
cela n’influe sur ta santé. Je voudrais trouver des paroles de consolationa, pour te les dire, mon cher amour,
mais je ne sais que t’aimer, t’aimer et toujours t’aimer. D’ailleurs, que te dire
à
toi qui sais le fond de tout ? Il n’y a que Dieu qui puisse te donner les suprêmes
consolations. Moi je ne puis que souffrir avec toi et t’aimer par-dessus toute chose.
C’est ce que je fais, mon doux aimé, en priant Dieu de t’épargner ce nouveau deuil.
Si tu pouvais venir tout à l’heure, mon Toto chéri, cela me tranquilliserait
pour le reste de la journée, tandis que si je ne te vois pas, je serai la plus
tourmentée et la plus malheureuse des femmes.
Je vais me dépêcher de faire ton
eau pour que tu puisses te bassiner les yeux dans de l’eau nouvelle2. Les miens sont toujours à peu près dans
le même état mais cela ne m’inquiète pas, je voudrais qu’ils fussent sérieusement
malades et que tu ne sois pas triste.
Pense à moi, mon Toto, pense à tes chers
enfants, sois courageux et résigné, mon Victor bien aimé, pour tous ceux dont tu es
la
vie et la joie. Je t’en supplie à genoux, mon Toto.
Juliette
1 Hugo se fait du souci pour un ami malade.
2 Hugo venait soigner ses problèmes ophtalmiques chez Juliette Drouet qui lui préparait ses bains d’yeux.
a « consation ».
« 13 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 247-248], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5522, page consultée le 27 janvier 2026.
13 octobre [1844], dimanche après-midi
Je profite du moment où je suis encore seule, mon cher bien-aimé, pour me plaindre
à
toi de toi-même. Comment, mon Toto chéri, me sachant tourmentée comme je le suis,
tu
n’as pas pu trouver un seul petit moment pour venir me rassurer ? Pauvre amour, si
ce
n’est pas ta faute, si tu m’aimes, et si tu me plains, je n’ai pas le droit de te
faire des reproches, au contraire, c’est à moi à te faire des excuses, à te plaindre
et à t’aimer. Pauvre cher ange, quand je pense qu’à ton travail si opiniâtre il se
mêle d’affreuses craintes et de douloureuses préoccupationsa1, je me sens saisie de pitié, de tendresse et
d’adoration. Et, loin de songer à moi, je m’oublie pour ne plus faire qu’un avec toi,
pour prendre ma part de ta tristesse, et plus encore si Dieu le permettait.
Cher
cher bien-aimé, ne t’occupe pas de moi si ce n’est pour te dire que je t’adore et
que
je t’attends avec courage et avec patience. Dis-toi que mon cœur est un trésor
inépuisable d’amour et de dévouement. Dis-toi tout cela, mon cher bien-aimé, comme
si
tu voyais dans mon cœur, comme si tu étais le bon Dieu et sois, sinonb consolé, du moins résigné.
Je
baise tes pieds, je baise tes mains, je baise tes lèvres, tes yeux, ton front. Je
voudrais m’approcher encore plus près de ton âme. Mon Victor adoré, mon beau, mon
ravissant Victor, je t’aime.
Juliette
1 Hugo se fait du souci pour un ami malade.
a « préocupations »
b « si non ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
