13 mars 1845

« 13 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 183-184], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5268, page consultée le 24 janvier 2026.

Vous m’avez trop tenu parole, mon cher adoré, j’aurais mieux aimé que vous ne fussiez pas si ponctuel. Vous qui ne l’êtes pas ordinairement pour les bonnes choses, vous l’êtes toujours pour les mauvaises. Taisez-vous, vilain.
Bonjour, cher adoré, comment vas-tu ce matin, mon pauvre petit hoMme ? Je t’avais espéré hier malgré ta mauvaise promesse. Je me suis couchée bien penaude et mon cœur et ma pensée tournés vers toi. Ce matin, de bonne heure, j’ai envoyé chercher un bain. Je me suis mise dedans, ce qui m’a fait beaucoup de bien. Maintenant je ne me ressens plus du tout de mon indisposition. Je suis prête à vous provoquer en duel et à autre chose. Je ne suis pas dans les Landes et il m’est permis de penser à l’amour1. Aussi je vous conseille de vous défier de moi et de vous fortifier, comme un autre Gibraltar, si vous ne voulez pas être pris d’assaut. Vous voyez que je ne vous prends pas en traître... esse.
Quel charmant souvenir tu as rappelé hier, mon doux aimé, il me semblait que j’avais le soleil dans l’âme et deux mois d’horizon devant moi. Je respirais l’amour à pleine poitrine. Je me croyais transportée dans quelque Saint-Goar2 ou sur quelque Rigia3, tant j’étais heureuse et ravie. Hélas ! ce n’était pourtant qu’un souvenir .......b

Juliette


Notes

1 À élucider.

2 En 1840, Victor Hugo et Juliette Drouet partent en voyage du 29 août au 1er novembre. Ils visitent l’est de la France, une partie de la Belgique et de l’Allemagne, et plus particulièrement les bords du Rhin où ils découvrent Saint-Goar. Victor Hugo consacre d’ailleurs la lettre XVII de son ouvrage le Rhin à Saint-Goar (ou Saint-Goarshausen).

3 Du 31 août au 26 octobre 1839, Victor Hugo et Juliette Drouet voyagent à travers l’est de la France, l’Allemagne et la Suisse où, à Lucerne, ils entreprennent l’ascension du Mont Rigi, 1797 mètres. L’auteur y consacre un récit de plusieurs pages dans une lettre à sa femme (CFL, t.VI, p. 745-750).

Notes manuscriptologiques

a « Righi ».

b Sept points courent jusqu’à la signature de Juliette.


« 13 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 185-186], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5268, page consultée le 24 janvier 2026.

Vous me faites faire un dur carême, mon amour. Savez-vous cela ? Juste six semaines de plus que le bon Dieu ne l’exige. Fichtre, il ne fait pas bon être votre fidèle. Encore si vous vous manifestiez sous des espèces quelconques, mais rien. Ah ! si fait, vous daignez le faire quelquefois sous la forme d’un académicien. Merci, j’aimerais mieux du veau. Au moins, ça se mange. Tiens, tant pire, pourquoi me faites-vous jeûner tant que l’année dure ? Ne vous en prenez qu’à vous si mon goût se déprave. Songez au Radeau de la Méduse et croyez-moi plus affaméea encore que ceux qui le montaient.
Cher petit bien-aimé, je fais contre fortune bon cœur. Je tâche de faire la grimace pour quatre [illis.] par une larme dans mes yeux. Elle ne demanderait pas mieux que de s’en échapper au risque de mouiller mon papier, mais je ne le veux pas absolument. Je veux rire quand je devrais avoir le sort de certaine TOUR qui en CRÈVE1. Je veux que tu me croies heureuse, puisque ce n’est pas ta faute si je ne te voie pas plus souvent. Je veux que rien de triste ne s’ajoute au fardeau que tu portes si courageusement et si généreusement. Je veux être pour toi la résignation même, comme je suis depuis le premier jour où je t’ai vu, l’amour et l’adoration. Cher bien-aimé, tu sais si depuis plus de douze ans je t’aime et comment je t’aime.

Juliette


Notes

1 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « affammée »

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.

  • 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
  • 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
  • 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
  • AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
  • 13 avrilHugo nommé Pair de France.
  • 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
  • 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
  • 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.