11 août 1848

« 11 août 1848 » [source : MVH, 9773], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4931, page consultée le 24 janvier 2026.

Je t’écris la suite de mes renseignements quoique je sois à même de te les dire quand je te verrai tantôt mais c’est pour que tu les aies plus présentsa à la mémoire si tu veux les consulter. Voici en détails l’aspect de la maison. Le no 49 est au deux tiers de la rue à gauche par le boulevardb. La maison sur le devant très grande, blanchie, badigeonnéec selon le goût des bourgeois paraît être bien habitée. Une grande cour, un jardin séparéd en deux pour les locataires du rez-de-chaussée puis enfin au bout du jardin l’entrée à deux battants d’un vestibule sur lequel l’escalier principal, et l’escalier de la cuisine qui [illis.] au rez-de-chaussée, c’est-à-dire au-dessous du sol, ainsi que l’office, cave, bûcher, celliere, plus une énorme salle à manger avec deux espèces de pilliersf d’un aspect sombre et original chauffée par un énorme poêle. Au premier, tout de suite en entrant, la salle à manger dalléeg noir et blanc. Le salon octogone avec la cheminée sur le jardin et une énorme glace. Fenêtre sans tainh, ensuite le salon voûté en dôme très haut, les autres pièces qui suivent, deux chambres à coucher, un grand cabinet, tout cela beaucoup moins haut. Couloir de dégagement, lieux à l’anglaise, voilà pour le premier. Le second, ce sont des chambres de domestiques ou de garçons à volonté. Puis enfin au troisième deux très belles pièces, grandes, claires, propres, et deux marches plus bas une pièce énorme pouvant servir d’atelier, de bibliothèque, de salle d’arme, de tout ce qu’on veut. Les maçons, les peintres, les menuisiers y sont déjà. Il faudrait donc te hâteri d’avoir cela dans le cas où cela te conviendrait1. Du reste on est tout à fait chez soi. On ne voit [illis.] maison n’est pas vu. J’espère que j’ai bien gagné mes vingt sous. Donnez-les moi tout de suite.


Notes

1 La famille Hugo, qui vit rue de l’Isly depuis le 1er juillet, emménagera au 37 de la rue de la Tour-d’Auvergne, le 15 octobre 1848.

Notes manuscriptologiques

a « présentes ».

b « boulevart ».

c « badigeonné ».

d « séparée ».

e « scellier ».

f « espèce de pillier ».

g « d’allée ».

h « tein ».

i « hatter ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.

  • FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
  • 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
  • 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
  • 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
  • 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
  • 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
  • 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
  • NovembreElle s’installe cité Rodier.
  • 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.